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3
sur 5

Gez Varley, c’est l’autre moitié de LFO. Et pendant que Mark Bell produit (plutôt avec talent) Björk ou Depeche Mode, Gez Varley continue à sortir des albums de techno minimale et sans concessions. Bayou paradis est le troisième (après Presents Tony Montana sur K7 et Beautiful, sous le pseudo de G-man) et probablement le plus réussi : 10 morceaux aux titres ensoleillés et en français (inspirés par Isolée ?) comme Le Soleil, Les Cartes, La Lune, Adieu, etc.

Tout en étant aussi minimal et monomaniaque que les précédents, Bayou paradis est néanmoins plus intéressant dans la mesure où il est mieux produit et surtout plus varié. D’abord il n’hésite pas à être plus ambient : le titre d’intro, Le soleil, est construit entièrement autour de ses nappes en écho et la rythmique est lointaine. Il utilise d’ailleurs les mêmes effets à plusieurs reprises, sur Les Cartes, Soul Gate, Gardelle ou le titre final, Adieu, réminiscent du Advance de LFO. Pour le reste, bien sûr, on ne se refait pas : techno minimale qui tape et qui dure, avec toutefois plus de profondeur et d’espace qu’avant. Avec aussi quelques surprises : à la moitié de En avant, le rythme s’accentue pour devenir proche de ceux de Biosphere circa Microgravity, planant et spatial, donc. Ailleurs, les influences sont toujours les mêmes : Detroit, Jeff Mills, etc. Un voyage en Shinkansen nocturne sur Asylum et un peu d’Akirastress sur Violator (Depeche Mode était cité comme influence majeure de LFO dans les liner notes de leur premier disque)…

Le meilleur titre, La Lune, est sans doute aussi le plus simple : entre les basses de Tikiman et les spanking drums de Lil’Louis, Armani ou Robert Hood, on s’extasie à nouveau. Quant à Bayou paradis, à lui tout seul, il pourrait résumer l’expression « minimal techno allemande » et expliquer, très clairement, la filiation de cette musique à Kraftwerk aussi bien qu’à Juan Atkins : une rythmique, une bassline, une boucle de synthé, un morceau ferroviaire et onirique, motorique comme au temps de Neu, qui ne varie qu’à 3’30 avec l’ajout d’une cymbale distante (!). Le corset est serré et c’est ça qu’on aime ! Clairement, chez Force Inc, ça ne rigole pas. Et si les morceaux paraissent parfois datés (des claps issus de 1990, au moins), ils respectent une esthétique forte et cohérente, dont la pochette annonce la (ou l’absence de) couleur : des rayures noires et blanches avec une tache (une brûlure ?) au milieu.

Pourtant, malgré toute cette austérité revendiquée, Bayou paradis est bel et bien le disque le plus solaire, le plus « chaud » de Gez Varley. Nombre de morceaux insistent davantage sur les atmosphères que sur les martèlements, et sont plus variés qu’autrefois (Varley n’hésitait pas à reproduire deux fois le même morceau ou presque sur ses disques). C’est pas Ibiza, mais c’est pas non plus Throbbing Gristle. C’est pas club, mais pas non plus home. C’est… Autoradio le long de la côte, plutôt la nuit, bien sûr. Au retour d’une fête… Cette question rituelle et bêtement nostalgique pour finir : à quand la reformation du duo légendaire ?