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3
sur 5

C’est une anthologie, c’est-à-dire une sélection qui laissera insatisfait le plus pointilleux des amateurs de littérature et d’art érotiques, et comblera le néophyte ou le lecteur pressé. C’est sans doute plus à ces derniers, d’ailleurs, qu’un ouvrage comme Erotica s’adresse, car mis à part un panorama littéraire historiquement ambitieux et valable (les auteurs ont sélectionné des textes orientaux pré-bibliques comme des morceaux du XVIIIe siècle, jusqu’à ceux d’auteurs contemporains -quoique tous morts), rien de bien profond, pour ne pas dire théorique, ne viendra faire réfléchir. L’érotisme en littérature, s’il fut considéré pendant très longtemps non pas comme un sous-genre mais une déviance mineure confinée au secret, a cependant eu ses architectes et ses penseurs d’envergure, qui ne furent ni des malades mentaux, ni de dangereux criminels. Comment interpréter, par exemple, l’absence de Baffo, Sade (!), ou Bataille, qu’un ouvrage comme Erotica aurait gagné à présenter non pour impressionner ni faire tourner les têtes mais, justement, pour faire comprendre une bonne fois pour toutes que la mécanique du désir et des corps est aussi celle de la pensée. Rien, de plus, ne nous est fourni sur la littérature dite homosexuelle, qui n’est pas un statut, encore moins un passage obligé, mais existe bel et bien -ne serait-ce qu’à travers l’œuvre d’un auteur comme Jean Genet par exemple, autre grand absent.

Cet ouvrage est aussi une anthologie artistique. On peut regretter dans cette mesure que l’iconographie soit proposée le plus souvent dans les marges des écrits. Les œuvres reproduites récoltent avec cette mise en page un statut d’illustrations quelque peu offensant. Il semble de même dommageable d’avoir éludé la période contemporaine (la sélection n’excède presque pas les années 30) pourtant fort prolixe de ce type de représentations. L’absence des travaux d’Hans Bellmer, Louise Bourgeois et de Pierre Molinier -pour ne citer que ces exemples- paraît incongrue. A l’étude de cet ensemble iconographique, une autre évidence se fait jour, elle concerne le choix des photographies. Alors que sont volontiers reproduits des dessins et des gravures qui représentent l’acte sexuel et le sexe masculin, les sujets photographiés sont en grande majorité des femmes, certes lascives, mais dont les charmes n’ont rien de commun avec les configurations évoquées au crayon. Serait-ce par peur de la ressemblance trop crue de l’image photographique, il semble en tout cas que les auteurs aient fait preuve d’une censure évidente -les quatre photographies de Man Ray illustrant les quatre saisons (1929) existent pour nous assurer de l’existence de représentations photographiques réellement « osées ».