« L’idée de Short stories est de constituer un recueil d’instantanés musicaux et de laisser l’auditeur le parcourir, comme un album photo », explique Franck Avitabile à propos de cet album solo (le deuxième en quelques mois après l’excellent Just play) qui, confesse-t-il par ailleurs, « à été le plus difficile à réaliser de tous mes enregistrements ». Un album photo ? On serait plutôt tenté de dire que si ses précédents disques, notamment en trio, s’apparentaient à des romans, Short stories serait, lui, un recueil de nouvelles, voire de contes miniatures : un coup d’œil sur les indications de durée mentionnées sur la pochette permet de constater que la plupart des morceaux tournent autour des deux ou trois minutes, avec une pointe à 5’26 pour le Over the rainbow final. Des vingt-six thèmes initialement enregistrés, il n’en a finalement retenu que dix-huit, dont quinze originaux (parmi lesquelles un medley où, en moins de cinq minutes, il concentre quatre de ses propres compositions : la concision, encore et toujours) ; en résulte un disque admirablement conçu et magnifiquement enregistré, avec une prise de son « brute » où toute correction a été bannie (« aucune compression pendant ni après l’enregistrement, aucune modification de niveau lors du mastering, d’où le relief saisissant du piano et sa proximité rare », constate Avitabile) : on y retrouve non seulement la maîtrise du sujet à laquelle nous a déjà habitués le pianiste français, mais aussi et surtout cette propension à faire infuser dans sa musique des échos de sa formation et de ses amours classiques, particulièrement bienvenus dans ce contexte. C’est délicat, impressionniste, parfois drôle, d’autres fois troublant. Parmi les reprises, les cinéphiles reconnaîtront le Twisted nerve de Bernard Hermann, récemment utilisé par Tarantino dans Kill Bill (vol. 1). Quant aux amateurs de piano solo, décidément gâtés ces temps-ci (ceux qui ne se sont pas déjà jetés sur la série « Standards visit » peuvent s’y laisser inciter en jetant un oeil à notre chronique), se régaleront. En utilisant la touche « Random » de leur lecteur CD, ils feuilletteront Short stories sans se lasser pendant des jours.

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