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3
sur 5

Mendelssohn n’a jamais été très estimé en France ; Schumann, son contemporain, lui a toujours été préféré. Pour preuve, il n’y a qu’à comparer la taille respective de la discographie de leurs quatuors. S’il est peut-être exagéré de crier à l’injustice, il serait tout autant peu honnête d’ignorer le triptyque de Mendelssohn, d’une écriture dense et d’une belle maturité pour un compositeur de moins de trente ans. L’ombre du corpus beethovénien plane à l’évidence sur cette musique ; on ne peut cependant pas le lui reprocher. Rien de plus normal que de prendre les 16 quatuors pour modèles. En outre, leurs démarches sont différentes. Là où Beethoven est en constante recherche, Mendelssohn ne visait pas le renouvellement d’un genre mais plutôt sa confirmation romantique. Le Quatuor n° 3 op. 44 possède en effet toutes les caractéristiques de ce tempérament : fougue, passion et vigueur. Ce constat est important quand on sait que Mendelssohn est tenu pour le plus classique des romantiques, conclusion aussi partielle que partiale. Les deux autres quatuors, moins solides mais au charme envoûtant (3e mouvement du Quatuor n° 1) voire féerique (scherzo du Quatuor n° 2), sont à mille lieux de l’esprit parfois galant et léger des partitions de Haydn et Mozart. Il apparaît surtout que les mouvements centraux se tiennent bien mieux que les mouvements extrêmes, un peu trop énergiquement primaires.

L’écriture de Mendelssohn appelle nombre de qualités de la part d’un quatuor ; à la différence de Beethoven où tout semble aller de soi, il faut ici trouver un improbable équilibre et posséder un sacré sens du tempo et du rythme. Autant dire que l’expérience peut être un fidèle atout. C’est ce que l’on présuppose pour le Quatuor Talich, formation tchèque historique, qui a livré des enregistrements fondamentaux de… Beethoven en particulier. Mais les musiciens actuels n’ont plus grand-chose à voir avec leurs prédécesseurs. Seul point commun, Jan Talich qui est passé de son alto d’origine au rôle de premier violon. On regrette alors le timbre fantastique de Petr Messiereur. L’attaque du Quatuor n° 1 laisse même présager le pire : manque de précision, phrasés déhanchés, justesse périlleuse. La suite dément ces premières impressions. L’énergie est partout présente, le style toujours pertinent. Le caractère romantique et passionné prend même un relief particulier dans le Quatuor n° 3 où les musiciens fondent leurs lignes mélodiques les unes dans les autres et rayonnent de chaleur sonore. Si l’on ne tient pas l’alternative à la version souveraine du Quatuor Artis, espérons que les Talich inaugurent un redressement dans la discographie et la connaissance de la musique de Mendelssohn.

Quatuor Talich : Jan Talich et Petr Macecek (violons), Vladimir Bukac (alto), Petr Prause (violoncelle). Enregistré en décembre 2000 à Prague. Minutage généreux : 79’50