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4
sur 5

Ask for tiger commence par des chants d’oiseaux, interrompus par un soudain rugissement de tigre. L’album continuera d’osciller entre délicatesses naïves et textures âpres, joliesses pop et glitches intempestifs, ambiances poivrées-sucrées et vraies chansons. Car trois ans après Bye bye et tandis que la vague laptop s’est ringardisée à coups de succédanés, Stéphane Laporte aka Domotic a pris de l’ampleur et a insufflé une bonne dose de pop et de guitares à son électronique mélancolique. Ses laptops en deviennent joliment psychédéliques et sortent la tête de l’eau, avec le souffle des Flaming Lips, la cadence kraut de Neu !, des mélodies amples et du chant à tous les étages.

Entre sound-design sophistiqué et petits synthés naïfs, Domotic s’amuse avec un ample instrumentarium, fait de jouets autant que de guitares rock, de vraies batteries et de boîtes à rythmes rétro. Tonsil plane comme du Flaming Lips, des orgues divers et variés soutenant une mélodie de voix en sous-sol (on regrettera d’ailleurs souvent la timidité vocale de Domotic -les voix étant généralement filtrées ou sous-mixées), redoublée par un petit synthé ridicule. Turquoise / Trotzdem est le plus long morceau de l’album (8mns 45) progressif d’un certain minimalisme pop à une furia bruitiste évoquant autant My Bloody Valentine que Neu !. Captain forest’s word of advice, petit bijou poppy, alterne flow pop racontant une histoire improbable pleine de personnages imaginaires (Captain Forest, Debbie l’hôtesse de l’air, un petit écureuil en colère -il y a quelque chose de Wes Anderson dans ces lyrics), refrains compliqués, petites fugues graciles jouées aux synthés, sur une boîte à rythme sautillante. L’ensemble fourmille de détails de production, superposant les couches harmoniques, les glitches, clicks, cuts et divers bleeps, en un panorama baroque et pointilliste, venant agrémenter précautionneusement les phrases mélodiques ou les longues plages atmosphériques. On passe ainsi aisément de la pop-song rutilante à l’ambient abstrait, du condensé à l’étiré, en un tout harmonieux et cohérent. L’album est aussi une démonstration de maîtrise en termes de production (des parties enregistrées dans les studios de la Fémis, un mix impressionnant de précision, des effets subtils et jamais ostentatoires).

Si ce disque particulièrement abouti a bénéficié de quelques collaborations amicales (Davide Balula, Stéphane Garry de Pokett, Olamm notamment), il trouve dans l’histoire entière de la pop-music souffle et inspiration. Comme en témoigne le sticker accolé à la pochette, listant sans complexe les remerciements, de Grandaddy au Byrds, en passant par Jim’O Rourke ou Brian Eno, Ask for tiger est aussi un disque sous influences.