Petite mutation qui s’opère doucement depuis que la minimale détache ses lignes rythmiques du seul dancefloor, nombre de labels (Traum, Shitkatapult, et Border Community en tête) s’en vont hors des clubs prendre racine dans la nature, dorant leurs boucles de parures IDM foisonnantes. Le 4/4 redevient alors joli comme tout, déployé, biotique, musical. Le printemps 2007 a ainsi vu émerger quelques graines hors des coulées de béton pour s’ouvrir à des horizons organiques plus radieux (Pantha Du Prince, Apparat, Stephan Bodzin, Gui Boratto ou Efdemin pour les plus belles), encore aujourd’hui jusqu’à s’étendre en deux luxuriants jardins : Bionik et Mango, des allemands Dominik Eülberg et Sascha Funke.

Du premier, il existait déjà Flora & Fauna et le récent Heimische gefilde, dont Bionik incarnerait l’analogue à ciel ouvert, dégagé des forêts d’oiseaux qui surpeuplaient ce précédent longplay. Le climat est un peu nuageux, Der traum von fliegen prend son envol d’insecte sous une pluie légère et les clapotis des flaques. Un vilain fruit s’écrase sur sa course piste suivante, dévale la pente en de légers rebonds techno, et vient s’éclater en petits morceaux blippés de toutes parts (Freche fruechte). Tout à côté, une libellule fait battre l’air et libère ses pollens pour parfumer l’ambiance d’échos de cloches en suspension (Libellenwellen). Dans l’univers qui l’encercle, un pissenlit aux atours hypnotiques, des piqûres d’abeilles (Bienenstich), un lotus trance (Lotuseffekt) et des ailes de requin incisives comme les ferrailles d’un Robert Babicz (Haifischfluegel) : Dominik Eülberg cultive tour à tour ses compositions florales comme l’anachorète observerait son biotope évoluer, l’ouïe fine et les doigts sensibles au vivant. Bionik s’entend alors mieux comme un microcosme en équilibre, un grouillant lierre musical aux maintes ramifications et floraisons, souvent joli mais sans violente perturbation émotionnelle.

Pareillement amoureux des formes naturelles, Sascha Funke soigne autant ses drupes que les saisons qui les accompagnent. Haut-perchée sous un orage d’éclairs synthétiques, sa première mangue fait ainsi claquer ses kicks à contretemps de cloches ambiantes et déluges de guitares liquides (Mango). L’annonce suivante du retour de l’été sèche ces torrents au soleil en quelques tintements de piano répétés sur une ligne de basse funk et des craquellements moites (We are facing the sun). Les tempi chutent ensuite sous 120 BPM comme un oiseau au retour de la pluie (Feather). L’humeur est au noir, les reverb de guitares sont rondes et coulent sur des véluxs ambient (Summer rain). Plusieurs nuages acid (Double-checked) ou disco (Lotre) enveloppent ces atmosphères de leurs voix trempées à l’hélium. Au sortir du Chemin des figons, une énigme, la symphonie désabusée d’un fortune cookie. « Dream on, dreamer » nous répète t-elle sur des matières electronica – je l’écoute volontiers et appuie sur replay.

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