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4
sur 5

Il est certain disque que vous insérez dans votre lecteur avec la sensation d’arriver sur une terre inconnue. Belle Isle Tech est de ceux-là. Le disque affiche en quatrième de couverture 38 titres, si bien qu’on a d’abord l’impression d’avoir affaire à un mix. On s’aperçoit très vite qu’il n’y a pas de nom d’interprète correspondant à ces 38 plages… Ce disque serait donc complètement produit par Assault ? Les pistes n’ont pas fini d’être brouillées, car, à la première écoute, le disque coule effectivement comme un mix.

L’introduction est sombre. Sombre au point qu’on se demande s’il est utile de continuer l’écoute, tant le son est sourd et couvert. Le déroulé de Belle Isle Tech ressemble à l’ensoleillement après la tempête. Au fil des titres, on sent que l’objet du disque se précise. On est très rapidement confronté à des ersatz de sons electro, voire electrofunk (c’est le nom du label d’ailleurs), de hip-hop et de drum’n’bass. L’écoute n’en est pas moins abstraite : l’abstract hip-hop en comparaison, c’est showbiz et paillettes. Les sons autant que les voix deviennent de plus en plus hypnotiques, empreints de nervosité et de tension. On s’enfonce progressivement dans une ambiance electro/bass dont DJ Assault est l’un des précurseurs -le duo officie dans le milieu underground de la bass music de Detroit depuis quelques années.

Mais attention, les DJ Assault font danser. Pas trop dancefloorement corrects, certes, mais la fin justifie les moyens. Ceci dit, ils mettent de l’eau dans leur vin : on a parfois droit à des titres happy soul comme Madatacha interprété par un d’Angelo qui aurait pris du speed. Une petite voix nasillarde, ou un MC comique, un élément extérieur, viendra toujours apporter de la légèreté à l’ensemble -c’est pourtant pas gagné d’entrée… DJ Assault n’est peut-être qu’un nouveau protagoniste de la création musicale que continue de générer le plus grand bassin industriel des Etats-Unis. Les recettes de la bass music ne ressemblent pas tout à fait aux recettes de la techno, née également à Detroit, mais le résultat est réussi. Ce disque est de façon inexplicable sombre et festif à la fois. Il est si rare de trouver des productions sur lesquelles nos sentiments ne sont pas tranchés. Belle Isle Tech mérite les félicitations du jury (underground, bien sûr)… »hey DJ, keep playing that song on and on…. »