Gros blog-buzz cet été, les brésiliennes de CSS sortent leur disque sur le label américain Sub Pop. L’alt-mondialisation est en marche. MySpace et Murdoch aidant, Le Tigre n’a plus de secret pour personne, ni pour les pays d’Amérique latine, qui s’acculturent doucement au rythme de l’internationale indie et pondent ce vulgaire artefact brésilien, calibré H&M et putes à franges, recyclant Death From Above et Paris Hilton. Mimétisme paresseux du rock Paris-Paris le plus hédoniste, les petits brésiliens des beaux quartiers marchent au bureau export (remixés par Diplo et Spank Rock) et feront une hype d’un jour pour occident en mal d’exotisme.

Les 60’s, au moins, avaient les Os Mutantes, qui surent en leur temps pratiquer le garage américain en le mêlant de tropicalisme, créant les plus beaux morceaux crossover et trans-frontaliers du genre. CSS, si elles ne manquent pas de bagout et d’enthousiasme (bien sûr qu’on dansera sur Let’s make love and listen death from above) n’en restent pas moins les symptômes éclatants d’une mondialisation en marche groupée, qui réifie tout particularisme local et impose sa culture, ses modes et ses modalités au monde tout entier. Le pays de CSS, selon leur propre aveu, « ce n’est pas le Brésil, mais Internet » (voir notre interview). Je vais sans doute (encore une fois) me faire traiter de vieux réac en disant ça, mais je préfère mille fois écouter Caetano Veloso et Gilberto Gil qu’un énième groupe de rock comme on en voit tous les lundi soir à la Flèche d’or pour les soirée indie rock, aussi brésilien soit-il.

Je reste cependant partagé entre l’efficacité groovy (les pieds disco), les effets sympathiques de production (plein de petits blips partout), les lyrics porno-arty (on se moque salacement de l’art contemporain : « Lick my art tit / Suck my art hole ») et le peu de singularité de tout ça. Franz Ferdinand a décidément ouvert la voie royale au rock pour dancefloor, CSS en est le succédané et le développement latino-américain. Dans le genre riot grrl-punk, Patins est certes tout à fait efficace (on entend presque les cris du Her Jazz de Huggy Bear), il y a plein de petites guitares sales à la Sonic Youth partout. Ce groupe a bon goût et pond des mélodies tout à fait entêtantes. Mais tout est politique : Lovefoxx est designer, Ana étudie le cinéma, Ira est fashion designer, Carolina est graphiste, Luiza dans une école d’art. Ce ne sont là que des gosses de riches brésiliens qui reproduisent efficacement les codes de la culture de masse (les trips sexe & bière qu’on voit dans toutes universités américaines), et voilà tout. Bien sûr qu’on dansera sur Let’s make love and listen death from above. Mais ce produit est déjà obsolète.

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