Un photographe trentenaire tenté par les nymphettes en attrape une sur Internet. Vraiment très jeune, la gamine : 14 ans, bavarde et délurée, elle accepte un rendez-vous en réel avant de boire un dernier verre dans sa somptueuse villa. Tel est pris qui croyait prendre : le bonhomme se réveille ligoté, accusé par son invitée de pédophilie, prévenu de sa prochaine émasculation en guise de châtiment. Excellente série B que cet Hard Candy, petit traité sundancien agité de tous les tics possibles du cinéma indépendant, mais qui les distille dans un esprit cartésien rassurant. Faire monter la pression, prendre le spectateur par le col pour ne plus le lâcher : l’objectif est aussi simple qu’un pitch de Larry Cohen et c’est tant mieux.

Habitué du clip et de la pub, David Slade trouve un plaisir délicat à filmer au ras du scénario. Chaque phrase, chaque strate de l’intrigue enrichit la mise en scène de nouveaux enjeux en un phénomène de roulé-boulé d’une redoutable efficacité. On est un peu chez Mankiewicz version giallo, où la parole se traduit irrésistiblement en actes pervers. La meilleure incarnation reste l’ouverture montrant un écran d’ordinateur se remplir des phrases du chat des deux protagonistes. En une image, les informations s’empilent les unes aux autres, enclenchent un mouvement (le défilement de la conversation et la monté du désir), un climax (le bruit du clavier, les jingles sonores). Art de la construction, de la combinaison plutôt : passer d’une rencontre ambiguë au thriller pour atteindre la terreur absolue, soit la fameuse émasculation, topic insoutenable mais génialissime.

Durant une demi-heure, le dispositif est à son apogée. Scotché à la table de sa cuisine, la verge engourdie par un sac de glaçons, le pauvre photographe tente par tous les moyens de retarder l’échéance, chaque dialogue s’offrant comme une possible alternative à l’épouvante. Et puis, attention spoilers, la logorrhée finit par s’incarner, comme pour nous rappeler qu’au cinéma ce qu’on nous promet doit se concrétiser, question de crédibilité : la mutilation a bien lieu, là sous nos yeux ébahis au cours d’une scène d’une perversion extrême avec bruits, caméscopes zoomant la plaie et scalpel aux aguets. Le film est alors tellement intense que Slade se permet tout un peu trop : de zigouiller les couilles dans le broyeur de la cuisine et d’y coller le récit avec.

D’où une impression de roue libre, comme si le film ne se remettait pas de sa propre intensité. De Mankiewicz, Slade s’engage plutôt vers David Mamet : l’intérêt consiste à s’émerveiller sur le mécanisme plutôt que sur le mouvement qu’il produit. Ce qui n’est pas évident quand ladite machination n’a aucun intérêt et flirte avec le n’importe quoi péteux. Problème d’écriture qui d’emblée détraque la mise en scène, tout simplement parce que David Slade est mille fois meilleur quand il prend un sujet à bras le corps que lorsqu’il roule des métaphores. Malgré tout le compte reste bon : on ne peut pas signer cette fabuleuse demi-heure et être totalement mauvais.

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