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4
sur 5

Difficile de dire où on va bien pouvoir ranger ce nouvel album de Craig Armstrong. Du côté du trip hop auprès de ses congénères de Bristol ? Dans les B.O. avec les grands de ce genres (Bernhard Hermann) ? Ou bien en musique contemporaine avec les néo-classiques ? Parce qu’avec une rythmique techno, des sons typiques de Bristol et des coulées, que dis-je ! des dégoulinements de violons et de cordes en tous genres comme on les aime tant, Craig Armstrong embrasse encore les styles comme les adolescentes les jolis garçons le printemps venu !
Cette fois encore, on est chez Craig Armstrong comme dans une (très riche et très bien charpentée !) auberge espagnole. Il nous fait voyager de l’univers de John Carpenter (les sons synthétiques de Robbery) à celui de Michael Nyman (les cordes baroques de Ball+ ou de Chance), qu’il s’amuse à bousculer avec une rythmique techno du plus bel effet, puisque juste en légère syncope avec l’orchestre ; d’une reprise remixée de David Byrne et Brian Eno (Houses in motion parce qu’il faut bien une chanson de fin de générique dans un film de nos jours -effet Titanic), à des chœurs d’une rare beauté, parce que d’un classicisme tout en retenue.

Parlons-en de ces chœurs justement. Comme pour son précédent album en solo, nombre de détracteurs vont apparaître, accusant le brillant jeune homme de pompiérisme désuet. Mais écoutez donc Anton Bruckner, Giuseppe Verdi dans ses grands délires, ou plus près de nous Zbigniew Preisner avec sa partition de Bleu de Kieslowski, pour enfin connaître le vrai pompiérisme grandiloquent : des thèmes mélodiques alambiqués, des orchestres de deux cents musiciens, et j’en passe.
Foin de tout cela avec Craig Armstrong. Ici, le thème des chœurs est d’un classicisme tout allemand. Ce sont les harmonies qui vous emportent par leurs aigus mozartiens ou leur unisson à l’image des chorals de Bach. A vous mettre des frissons dans le dos par sa simplicité inspirée du grand Georges Delerue, autre grand classique (ce qu’on avait eu l’occasion de dire de sa première œuvre). Au fait, de quel film ce disque est-il la B.O. ?