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4
sur 5

Perdues de vue dans leurs respectives pérégrinations, les soeurs voyageuses Bianca (chant, guitare et flûte) et Sierra Casady (chant et percussions), se sont retrouvées l’été dernier dans un petit appartement du 18e arrondissement de Paris, le temps d’enregistrer un album beau et schizo, cette Maison de mon rêve intempestive, déracinée et incomparable. Joli conte que les retrouvailles sonore et sur disque de ces deux soeurs américaines aux jolis minois et aux maquillages de chats (petites moustaches au mascara). On assiste à l’invention prometteuse d’une (double) personnalité, d’un personnage ambigu, entre affectation poseuse et aristocratie bohème, en même temps que d’une réelle singularité musicale.

Journal intime cloîtré (pluie qui tombe à la fenêtre, percussions de tuyauteries) et expérimentations lo-fi (rythmiques préenregistrées sur dictaphone, radio en fond sonore, souffles divers et pops dans le grain du micro), accompagnent les chants doubles de Bianca et Sierra. La pluie qui goutte dans une casserole ou de sommaires rythmiques hip-hop concoctées avec la bouche marquent le tempo. Mélodies mélancoliques et autistes chantées à la lisière du juste, sons parasites à la frontière de l’irritation, Cocorosie dévoile un monde intérieur ambidextre : entrelacs des voix et personnalités, rencontre de classicisme (Sierra a étudié le gospel aux USA puis le chant lyrique en Europe) et de folk-blues (Bianca chante sous la douche, ici dans la baignoire), guitare-piano à quatre mains, chant freak et souffle gospel, ces chansons ont un goût d’inceste musical et de douce folie.

A cette auto production intimiste et agoraphobe se greffent des lyrics décalés : « I believe in St Nicholas / It’s a different type of Santa Claus » répété à l’envi, ou « Jesus loves me / But not my wife / Not my nigger friends », détournant un traditionnel religieux américain pour pointer le sexisme et le racisme d’un certain christianisme, ou l’inattendue et amusante petite phrase « All I want with my life/ Is to be a housewife ». Harmonies étranges et vraies chansons d’amour font de ce disque un lieu bel et bien habité, à visiter absolument.