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4
sur 5

« Harder, faster, better, stronger », un sous-titre idéal pour ce remake du légendaire stealth-game d’Hideo Kojima, Metal gear solid, sorti en 98 sur PlayStation : six ans à peine après sa sortie sur la console historique de Sony, Nintendo propose à ses fidèles un cours de rattrapage dont le dopage aux hormones de polygone peine tout de même à faire oublier l’académisme.

Bon an mal an, le GameCube est effectivement devenu la terre d’élection du remake, exercice de style lucratif pour une industrie en crise créative. Autant que Nintendo, son magnanime apôtre. Néanmoins, s’il on peut comprendre l’intérêt « patrimonial » de pouvoir rejouer aux premiers Mario ou à des versions re-masterisées de Metroid, le transfuge 128bits de jeux 32 / 64bits nous apparaît un brin précoce et le procédé franchement vénal. Car s’il est un domaine où la liberté d’expression artistique n’a plus cours, c’est bel et bien dans celui du remake. Question de maturité du média, peut être, ou simple impératif financier de rentabiliser l’opération sans décevoir les fans ? Toujours est-il que, contrairement au cinéma, le jeu vidéo semble exclure pour le moment du principe de remake toute tentative de réinterprétation de forme esthétique ou narrative. Et si la refonte du Resident evil premier du nom s’agrémentait d’un assombrissement gothique des décors et d’une extension intéressante de son scénario, The Twin snakes se contente, de son côté, d’une remise en scène des cinématiques, d’une remise à jour graphique et ludique héritée du deuxième épisode (Sons of liberty sur PS2). Une récompense qui paraîtra peut-être bien maigre pour les nombreux aficionados du Metal gear original. En revanche, pour tous ceux qui seraient encore vierge de cette expérience fondatrice de la modernité vidéoludique, quelle claque ! Car tout clone qu’il est, ce serpent jumeau, aux allures d’OGM, à la morsure facile, distille un poison d’une violence hypnotique, ce genre de venin qui alimente les nuits blanches, qui dilate les pupilles et arrache un râle orgasmique lors de cut-scenes à la physique improbable, réalisées avec style par Ryuhei Kitamura (Versus).

A peine le critique veut-il dénigrer l’expérience ludique et ses vrais airs de « déjà-vu » que le voilà à nouveau mordu et tout entier dévoué à la contemplation de cette oeuvre majeure, intense et fulgurante, qui a mêlé une fois encore, et de la plus noble façon, le sang du jeu vidéo à celui du septième art. Car six ans plus tard, doté des plus beaux atours, cette confusion des sangs mène toujours à l’extase.