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4
sur 5

La techno se fait pop. On le savait, toute une frange des musiques électroniques, dance ou electronica, se tourne vers l’adolescence de leurs créateurs, vers les années 80. Certains, Fischerspooner, Miss Kittin & The Hacker, s’amusent avec un revival electro-pop hérité de New Order (ou, dans des cas moins glorieux, de Duran Duran) et réussissent, avec leurs accroches mélodiques et leur formule couplet-refrain, à populariser le genre hors des pistes de danse. D’autres, plus introspectifs, comme le label Morr Music, choisissent l’electronica pour recréer les ombres de The Cure, ou, plus tard, début 90’s, celles de My Bloody Valentine.

Le duo allemand Closer Musik, lui, se place au milieu des deux genres, achemine des sonorités électroniques très brutes, très directes, déclinées sur un ton lent et onirique (la délicieuse ballade electro Ride) ou plus techno façon Détroit (Last). Si on s’éloigne ici d’un revival 80’s pur et dur, on chuchote, on chante et on frémit années 80 (impossible, sur le petit tube underground You don’t know me, de ne pas voir des résidus d’amours pour Depeche Mode), la grande singularité de Matias Aguayo et Dirk Leyers étant d’amener ce goût pour la chanson sur la base d’une techno minimale, ce style illustré et inventé à Cologne par le label et distributeur Kompakt.

L’approche lo-fi de la composition, les sonorités analogiques et de bric et de broc, l’utilisation d’un Amiga, d’un Atari et de sampler, l’intervention de craquements et de légères saturations donnent à ce premier album un ton aigre doux, assez crade, très sexy, romantique aussi (cf. les pochettes de leurs disques). Mais dès lors, doit-on encore parler de techno ici, lorsque l’objectif premier n’est plus la danse, mais que les rythmes et les structures binaires demeurent ? Closer Musik participe alors plus simplement à la mutation du genre, qui depuis quelques années, en quittant les boucles, en intégrant un intérêt plus grand pour les mélodies, parvient sans peine à affronter le format de l’album et du CD. Il ne s’agit plus d’une compilation de maxis vinyles destinés à la danse, mais d’une entité cohérente qui alterne humeurs et cadences, qui détache singles (Closer dancer et You don’t know me) et titres plus spécialisés (Mir). Si le groupe venait à durer, voire à devenir populaire, on imagine déjà les fans de cet After love s’énerver, rejeter les futures réussites commerciales du duo (ils en ont franchement la capacité). Nombreuses questions de puristes pour autant de promesses de réussite.