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4
sur 5

Derrière ce nom plutôt explicite (« Notes de casio pour le solitaire qui souffre ») se cache le projet de l’Américain Owen Ashworth. Ce résident à San Francisco a déjà sorti un album autoproduit de miniatures pour répondeur téléphonique, et rejoint aujourd’hui la très atypique écurie allemande de Tom Steinle, au sein de laquelle on retrouvera bientôt Anne Laplantine. Ce deuxième opus est destiné à être écouté lors de déplacements, si possible dans des transports en communs.

Il s’agit de musique triste, et de songwriting. Ashworth a beau composer ses petites ritournelles sur un petit synthétiseur jouet et une boîte à rythmes antédiluvienne, son art n’a rien à envier à celui des maîtres Silver Jews ou Daniel Johnston. Thématiquement, les 16 chansons (ou plutôt « symphonies de poche », comme le suggère le titre) de cet album parlent bien entendu d’amour, de ruptures, de sentiments non-avoués, avec un réalisme et une mélancolie d’une rare dignité qui rappellent l’univers du dessinateur/auteur de bandes-dessinées Daniel Clowes. Soit des personnages ni tristes, ni joyeux, et qui souffrir en permanence sans raison évidente. Ashworth raconte leurs histoires avec distance et humour, mais sans ironie, sans mépris, et c’est ce qui rend ses histoires si touchantes et si plausibles.

Musicalement, si le disque débute sur une electro-folk presque « enjouée », les rythmes écrasés par la saturation du quatre pistes en arrive rapidement plutôt à évoquer les débuts urgents, ultra lo-fi et épidermiques d’un autre très grand songwriter. Dès Tonight was a disaster, le fantôme de Bill Callahan (Smog) vient hanter de manière troublante la voix et la musique d’Ashworth, qui rappelle les collages punk de Forgotten foundation ou les geignements déformés de Julius Caesar. Bien entendu, Ashworth ne plagie pas Callahan, sa tristesse et son sens mélodique, pas si éloigné de celui d’Anne Laplantine justement (Lesley gore ont the TAMI show), n’appartiennent qu’à lui. On n’est même pas sûr qu’Ashworth connaisse l’art de Callahan. Mais on devine des affinités (évidentes sur Oh contessa ou yr boyfriend) esthétiques et culturelles, pour cette façon si particulière et si spontanée de coucher sur le quatre pistes ces moments d’introspection et de violence sans se soucier ou presque de la forme, moments qu’on est d’autant plus ravi de mettre à jour qu’ils sont extrêmement rares. A tel point qu’on rêve déjà de voir cet américain établi en songwriter majeur.