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3
sur 5

Le critique musical a parfois bien du mal à s’accommoder de l’urgence de l’actualité, et il lui arrive de mal juger des disques méritants (aussi, pourquoi lui demande-t-on de juger ?). Ainsi en est-il du deuxième album de Air, descendu dans ces cyber-colonnes au moment de sa sortie. Depuis, le disque a creusé son sillon sur nos platines, et d’anecdotique, il est devenu toxique puis indispensable. 10 000 hz legend a été assurément un des disques importants de l’année 2001, pour sa noire ambition, son usage magique de la production, sa sombre beauté. Un disque qui n’en finit pas de dévoiler ses mystères. Il fallait faire son mea culpa sur ce sujet. Cette compilation de remixes aura au moins servi à ça.

Malheureusement, cette nouvelle sortie, Everybody hertz, s’avère décevante. Autant on a appris à apprécier l’album, autant on passera sur ses relectures. Centré autour de trois titres (Don’t be light, How does it make you feel et People in the city), cet objet est destiné aux Djs, aux fans, mais ne peut être considéré comme un album à part entière, un tout cohérent (projet qu’on aurait été en droit d’attendre de la part de maniaques comme Dunckel et Godin). Everybody hertz explore les mêmes mélodies sous différentes formes, mais n’échappe pas à la répétition, et ce qui aurait pu faire l’objet d’un concept est un banal disque de remixes. Mais peut-être en attend-on trop de Air désormais ?

Ca commence pourtant bien avec le remix minimaliste de Don’t be light par Mr Oizo : des beats sales, des petits gimmicks électroniques, des breaks, et puis des inserts de voix parlés hachés qui renvoient au titre du morceau. Un peu fumiste mais assez abstrait pour proposer une réelle appropriation du morceau. La version ragga de How does it make you feel par Adrian Sherwood accumule tous les poncifs du genre et fait craindre le pire pour la suite des événements. Effectivement, le remix des Neptunes ne prend aucun risque (beat hip-hop, quelques gémissements r’n’b, deux-trois scratches), celui de Modjo flirte avec Carlos Santana, évoquant quand même dans ses meilleurs moments Burt Bacharach, mais avec le pire chanteur de Terre et un groupe qui fait de la musique au kilomètre, comme on peut faire du macramé. Le Don’t be light de The Hacker ressemble d’abord à Blue monday de New Order puis à un morceau techno 80’s de plus (au fond duquel on distingue tant bien que mal la mélodie originale).

Le seul remix intéressant est celui de Malibu, qui déconstruit joliment Don’t be light : à coup de beats electronica et de torsions numériques, posant de sympathiques filtres synthétiques sur les voix, avant un refrain sautillant et gonflé. Solis électroniques, inserts de tablas, lyrisme inattendu, sens du contre-pied, ça donne assez envie de danser, effectivement. Celui de Jack Lahana, complètement r’n’b en devient aussi complètement abstrait à force de superpositions sonores. Le refrain est transformé en « Bitches in the city » par un choeur bitch-pop du plus bel effet. Les autres morceaux sont des versions edit des titres remixés (à noter l’existence d’un petit film du groupe en tournée aux USA).