Après avoir livré quelques unes des plus belles radicalités dance parmi celles que l’Angleterre a produites ces dernières années, Untold sort un premier album monolithe et taillé directement dans l’infrabasse.

On ignore quel fil de son synthé Jack Dunning a branché à l’envers, mais en lieu et place des habituels poncifs du genre (basslines qui rebondissent, kicks extatiques qui pilonnent), s’impose un monumental vrombissement permanent, qui tiendrait plus du drone de l’apocalypse que de la turbine dubstep à faire danser les foules.

De son passif de véritable esthète du wobble et du drop en cascade (pour preuve son activité sur son propre label Hemlock Recordings, parsemée de divers moments de grâces et de bravoure), Untold hérite d’un vorace appétit pour l’editing et le séquençage de précision. Mais point de casse tête polyrythmique découpé à la serpe et d’impacts quantifiés à la milliseconde, Untold attaque ici plutôt la matière à bras le corps et par la soustraction, pour n’en conserver que de gros blocs de graves impétueux et de grésillements un brin sournois.

L’ensemble, baigné des effluves si particuliers d’une UK Bass paradoxale et presque dansante, se concasse, s’anime par l’envers, tressaute et plonge si bas dans le spectre qu’il paraît se moquer de rester audible, déjà absorbé puis régurgité par des tympans en pleine perdition. On se dit que l’album, enregistré tout juste quelques semaines avant un exil précipité de Londres, est bien né de l’épuisement des sens à trop fréquenter les boîtes surchauffées de White Chapel : Black Light Spiral évoque de façon étonnamment fidèle ce moment fatidique où les hoquètements de la cage thoracique se substituent à tout sens auditif.

Ne resurgissent de cette fournaise que quelques hurlements digitaux qui irisent le disque tout du long. Surtout, l’ouverture de l’album, hanté par des sirènes de voitures de flics façon gangsta rap et terreur urbaine, a tout l’air d’annoncer une révolte critique face à un air du temps entaché de drôleries EDM. On songerait presque plus volontiers au Compton des Niggas With Attitude qu’à l’East-London de Jack Henning. C’est pourtant simple, Black Light Spiral en faux manifeste revêche et saturé prendrait plutôt la voie de la perception comme matière joussive et première. Soit un bilan par l’absurde décrivant de façon clinique ce qui advient de nos oreilles épuisées par les sauvageries sous hypnose d’Untold.

 

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