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3
sur 5

On a peine à croire, en écoutant les râles de circuits à l’agonie dans une quelconque casse futuriste qui constituent la musique d’Autechre, que leurs auteurs Sean Booth et Rob Brown se sont rencontrés grâce à leur amour commun du hip-hop et des bicross BMX. Il y a pourtant dans leurs productions une flagrante influence électro – électro transfigurée, dépouillée jusqu’au câble nu. Depuis leur premier album (Incunabula – 1993), leur son évolue vers une épuration radicale. Reclaimed signifie d’ailleurs « conquérir par assèchement », et on ne saurait mieux définir leur travail. Selon leurs propres mots, le duo cherche à « pénétrer au cœur de la machine pour tout y détruire » : il y réussit parfaitement.
Chez eux, tout n’est que SON, froid, métallique, heurté, organisé de manière hypnotique autour d’une dualité ordre/chaos. Si un bout de mélodie apparaît, il a l’air d’avoir été généré par hasard (comme d’ailleurs l’a été le nom « Autechre »). Idem pour leurs titres, issus d’un sabir tordu et mécanique : yeesland, pencha, characi, krib, tilapia. Les pochettes suivent le mouvement, et il n’est pas d’artiste chez Warp auquel correspond aussi bien le travail et le style de Designers Republic. Non, les catégories n’ont plus cours au sujet de la musique d’Autechre. Ce disque est la continuité des géniaux Tri repetae (1995) et Chiastic slide (1997) et nous prouve une fois de plus qu’il y a une vie dans le minéral. Du Break Dancin’ Electric Boogie de West St Mob, Autechre n’a gardé que le refrain : « Freeze ! »