Ce titre, Guerre à Harvard, pourra étonner. Si bataille il y a, c’est hors des frontières états-uniennes, en Irak ; à Harvard, au contraire, le calme règne, et on ne pense guère à ce qui se passe ailleurs. Harvard est un univers passéiste peuplé des futures prochaines « élites », aux buts simples, qui pourraient se réduire à quelques mots : baiser, bouffer, boire, et, bien sûr, faire du fric. Dans la cour de l’Université, on guette les maigres, parce qu’il n’y a pas de minces. La règle : être gras, grossier et vulgaire. Manger est un hobby à plein temps, ainsi que boire comme un trou. Se bagarrer dans une file d’attente pour obtenir un beignet, une saucisse ou une gaufre n’est pas une chose rare, honteuse, mais un réflexe naturel. On aime s’empiffrer, on aime affirmer haut et fort (et avec fierté) son insensibilité, sa capacité à papillonner d’une fille à une autre, sans émotion, sans regret. Car, bien sûr, personne ne s’attache à personne. Son meilleur ami est soi-même, le meilleur qui soit. Nos étudiants seraient-ils tout de même animés d’un quelconque idéal ? Non, évidemment. A part se remplir la panse, rien ne semble les intéresser dans la vie.

C’est une communauté, une jeunesse, un pays en déliquescence que nous présente Nick McDonell, l’auteur-prodige du fameux Douze, 24 ans aujourd’hui. Animée d’un individualisme si intense qu’il en devient repoussant. L’amitié n’est plus, ni aucun des liens qui ailleurs relient les hommes pour former une communauté. Ne valorisant que l’argent, le marché et le commerce, nos jeunes gens de Harvard sont réduits au stade animal, incapables de concevoir la moindre quête de sens. Tous n’ont appris qu’une chose : profiter du moment présent, et vivre en bovin. L’intelligence ne paie pas : il vaut mieux vivre en bête. Ce petit roman cinglant n’est pas sans rappeler Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe, sans avoir cependant l’envergure simili-balzacienne de ce dernier. Cela dit, McDonell sait raconter, et son analyse de cette petite société qui tiendra bientôt les rênes du pouvoir n’est pas dénuée d’intérêt. On peut, quand même, regretter le manque de consistance du livre.

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