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Il semblerait bien que les hommes et les femmes n’aient guère été sages au cours des siècles. Au point de se demander si la fidélité correspond bien au régime amoureux de l’Homo sapiens sapiens. Pulsions ? Raison ? Organisation sociale ? Le régime conjugal tel qu’on se le représente aujourd’hui n’a rien d’une évidence, et bringuebale au gré d’un ordre social qui en tisse discrètement les liens intimes.

Dès l’Antiquité, le mâle athénien n’est pas contraint à la fidélité : un homme de bien est un homme qui accomplit son devoir de citoyen, tandis qu’une femme de bien est une épouse obéissante, chaste et fidèle. A Rome, l’infidélité de la femme entraîne le désordre plus dans l’organisation politique que dans celle du lien conjugal : l’intégrité du sang est bafouée, la femme peut mettre en péril la lignée en mettant au monde un petit bâtard. L’indulgence est plus grande envers l’homme, jusqu’au Ier siècle de notre ère, où la tendresse et l’idéal de fidélité entrent en scène, sans doute sous l’influence stoïcienne : l’adultère du mari pourrait alors devenir aussi grave que celui de la femme. Une petite révolution des mœurs… Alors que le mariage chrétien s’impose, monogamique et indissoluble selon Jésus, la Bible n’édicte aucune loi quant à la fidélité masculine. Au siècle des Lumières, la fidélité n’est que chimères,  » presque toujours l’entêtement et le supplice de l’honnête homme et de l’honnête femme dans nos contrées  » d’après Diderot. Le mariage et la fidélité étroitement liés traversent ainsi les époques et les modes, tour à tour pivot social, alliance sacrée ou leurre cynique, mais sempiternelle question qui noue et dénoue les relations humaines.

Il fallait oser écrire une histoire de l’adultère. Sans détour, le livre entre dans le vif d’un sujet délicat qui peu ou prou concerne et intéresse tout le monde. Péché, trahison ou ridicule : sous la transgression de l’adultère, on trouve bel et bien le cocu grotesque, consacré par une kyrielle d’auteurs comme Molière, Offenbach ou Sacha Guitry. Une image bien peu valorisante, à laquelle on hésite à s’identifier. Malgré un titre décourageant qui porte l’outrage en ses mots, L’Histoire de l’adultère est un joli cadeau à offrir, ou à s’offrir, pour Noël. Ne serait-ce que pour l’intérêt historique, l’illustration riche et documentée, et pour l’audace des deux auteurs.