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A quoi peut bien servir une Anthologie historique des lectures érotiques 1985-2000 ? Serait-ce un document, un témoignage, sur l’état de l’érotisme dans la littérature d’aujourd’hui ? Ou tiendrait-on là une version littéraire (et sans photo) d’un numéro de Newlook, où l’on ménage les bonnes consciences avec quelques articles de fond ? Il s’agit évidemment des deux, et c’est un peu le problème. A jouer sur l’observation et le recensement, Jean-Jacques Pauvert s’est ici en partie égaré : le livre n’est que rarement « bandatoire » (le problème des extraits sortis de leur contexte), et ne possède surtout qu’un intérêt sociologique fort limité. Commencée il y a plus de vingt ans, l’anthologie comporte déjà quatre volumes (couvrant 5000 ans), le présent volet s’attachant, lui, à nos quinze dernières années.

La condescendance sera de rigueur pour le fameux érotomane, aigri par la tristesse de la chair contemporaine. L’ami des frous-frous compile donc, année par année, des « morceaux choisis » de ce qui lui semble passionnant et/ou représentatif sur le sujet, du roman de minette trash à la réédition d’un grand classique, en passant par le dernier opus d’un de ses amis. En vrac, on retrouve Henry Miller et Anaïs Nin, Patrick Grainville et Mathieu Lindon, Alina Reyes et Virginie Despentes, ou -plus surprenant- Philip Roth et Zoé Valdès ! A chaque extrait, l’éditeur livre un (bref) incipit d’humeur sur l’oeuvre ou sur l’auteur présenté –Les Particules semble avoir trouvé grâce à ses yeux (« Voici un vrai livre »), contrairement à Jouir qui se prend une bonne volée de bois vert (« si l’histoire ne se répète pas beaucoup, Catherine Cusset elle, se répète beaucoup, pour un si petit livre »). Un avis comme un autre, même si on pourrait toutefois tiquer sur ses goûts plutôt réactionnaires (l’imparfait du subjonctif gratuit est notamment préféré au « sujet-verbe-complément » -à chacun sa méthode « littérectile ») et sur quelques omissions regrettables (notre spécialiste de Sade passe complètement à côté du boom de la littérature gay).

Parallèlement, chaque saison se trouve introduite par un petit état des lieux de la vie sexuelle du moment, telle que relatée dans la littérature, mais surtout dans les journaux et les sondages. Malheureusement, faute d’un propos plus convaincant, la sociologie selon Pauvert consiste à recopier des bouts de phrases issues des pages société du Nouvel Obs (FHM n’existait pas encore en 1987). Malgré tout, quelques rappels historiques s’avèrent salutaires (évolution des moeurs, SIDA), et certaines anecdotes, édifiantes, sidèrent le lecteur. Mais si la lecture de cette « Anthologie » vaut un coup d’oeil (voire plus), c’est pour l’exercice de mégalomanie de Jean-Jacques Pauvert, lequel ne manque jamais une occasion de s’autociter, de rappeler son activité d’éditeur, ou de narrer une de ses prestations télé. Ses règlements de comptes avec le milieu intellectuel parisien en deviennent plus jubilatoires encore, le bougre prenant un malin plaisir à s’acharner sur les « femmes de salon », de Benoîte Groult à Josyane Savigneau (« peu suspecte d’antiféminisme ») en passant par sa « préférée », Elisabeth Bandinter (« la Paco Rabanne féminin »). Il serait maintenant amusant de lui demander son avis sur Catherine Millet… Au final, on n’a pas appris grand chose, on n’a pas tellement été stimulé, mais on a, bizarrement, bien rigolé. Onan soit qui mal y pense, en quelque sorte.