PARTAGER
5
sur 5

Après le relatif échec artistique de leur troisième album (Amateur View, sorti en 1999), les deux frères Lippok (Ronald et Robert) relancent la machine To Rococo Rot pour un quatrième opus qui devrait signer une double réussite, musicale et commerciale. Pas question pourtant ici de prostitution à l’enfer coloré des musiques électroniques faussement joyeuses : l’univers rigide et métal de cette musique technoïde a résisté aux effets de mode trop vite consommés pour rester sur la ligne de force qui anime depuis ses débuts ce trio à géométrie variable. Accompagnant le duo Lippok, toujours Stephan Schneider, formidable créateur du projet Kreidler, mais aussi deux nouveaux arrivants, I-Sound, DJ new-yorkais très abstract-techno dans le rôle du producteur et Alexander Balanescu, violoniste et compositeur, accompagnateur sur deux titres.

Et si l’on perd l’aspect « brut de fonte » qui labellisait les deux premières productions du groupes, la musique, elle, gagne en puissance, en précision et en intelligence. Soit une manière savante d’envisager une excroissance des courants électroniques, ni absconse ni putassière. Certains argueront que To Rococo ne donne sûrement pas dans la finesse et que leurs tentatives artistiques n’en sont pas pour autant expérimentales. Erreur : alors que les têtes chercheuses de l’intelligent-electronica se complaisent un peu trop souvent dans leur rôle de diseurs de sons, le projet allemand pousse sa direction musicale dans des sens de plus en plus poussés et épurés. Les adjonctions harmoniques apportées au groupe avec Music is a hungry ghost témoignent plus encore de l’intelligence d’un groupe qui intègre cordes (violon) et DJing sans alourdir le propos. Au contraire, le projet en gagne en pertinence et en originalité, les « devices » techniques et mélodiques étant utilisés avec parcimonie. C’est bien là toute l’intelligence des frères Lippok, qui combinent sans complexes les oppositions diamétrales d’une stase électronique post-moderne et conceptuelle avec la simplicité presque déconcertante du new-wave. La formule To Rococo tourne enfin à plein régime, dans un scintillement parfait qui esquisse la beauté d’une machine musicale parfaitement réglée. Une esthétique du carbone et du silicium appliquée in extenso aux potentialités humaines d’une musique électronique délibérément quotidienne.