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sur 5

(La Table Ronde, 85 F, 87 p.)

S’il fut durant les dernières années de sa vie ce clown triste se plaisant à nourrir de ses provocations les médias, Serge Gainsbourg était avant tout un érudit amoureux des Arts. Avant que la musique ne devienne son principal métier, il s’exerça avec brio à la peinture (formation aux Beaux-Arts avec un maître qui reconnaissait en lui de réels talents). Ses propos sur l’art n’ont donc rien d’incongru, bien au contraire. Prenons pour preuve sa faculté de son jugement, où rien ne lui fait défaut, ni sa connaissance de l’artiste, ni son intuition sur la qualité des œuvres : il préférait, par exemple, Bacon à Chirico. Nous n’y voyons rien à redire.

Ce voyeur de première, mélomane averti et musicien hors pair, doublé d’un poète se jouant des mots (l’influence des plus grands : Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, mais aussi les dadaïstes, les surréalistes), tenait la chanson pour un art mineur. Il fut pourtant l’un des seuls à le convertir en art populaire, synthèse miraculeuse à la portée de peu d’artistes.

Dévoilant une autre facette de sa personnalité, ces entretiens lui permirent aussi de retrouver, l’espace de quelques instants, « la candeur, la sérénité et la fragilité de sa jeunesse » ; de retourner, par la voie du dialogue, à ses premiers amours : l’art brut, immédiat. Et le reste, tout le reste, entre les lignes.