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Un instant privilégier ; un moment historique (en gros de 1580 à 1760) porté par une vision du monde… Comment définir le baroque, cette esthétique privilégiant le mouvement, la métamorphose et la fugacité. Peut-être par le principe d’incertitude -les choses ne sont jamais figées- qui le régit. A cela s’ajoutent les conditions politiques : l’importance de la Contre-Réforme, une période durant laquelle eut lieu un véritable ébranlement de la sensibilité et de la pensée en Europe. Enfin, une date en amont, 1527, celle du saccage de Rome par les Luthériens (au nom de la religion, tiens donc !). Un siècle plus tard, l’angoisse et la mélancolie étaient encore perceptibles sur les visages. Elles ne demandaient qu’à s’épanouir, sous forme d’Art. Le cavalier Bernin se chargea de cette tâche. Sous la protection des papes, il entama un chantier à la mesure de son génie, celui de Saint-Pierre. Car ce sculpteur voyait tout : les perspectives, les emplacements, les volumes, etc. Résultat (le Baldaquin, la statue de Saint Longin, le Monument à Urbain VIII Barberini, sans compter les multiples détails décoratifs), nul ne songerait à contredire cette évidence : le raffinement, jusque dans les figures de la mort qui y sont représentées, atteint des sommets (le jeu du photographe a ici son importance, puisqu’il nous permet de voir des vues d’ensemble mais aussi des détails des œuvres). De même, le texte, érudit, qui les accompagne (l’inverse est aussi possible), dévoile l’histoire « invisible » de ces créations. Il contient son lot d’intrigues, de désillusions, mais surtout de bonnes résolutions.
Rome fut ainsi pendant plusieurs décennies la scène de ces imaginaires de rupture (nouvelle définition du baroque ?). On oublie qu’il s’agissait d’une époque où l’on sortait ses mouchoirs pour un rien. Cette sensiblerie a perduré par la grâce de ces œuvres. A Saint-Pierre, elles portent une signature : celle de Bernin. Un homme en harmonie qui sut voler la beauté au temps.