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4
sur 5

Chez Origin, on se fait fort d’injecter dans chaque nouvel opus de la série Wing Commander les technologies les plus sexy du moment. Succès assuré depuis 1990, année de sortie du premier Wing Co. L’argument : top gun de l’ultrafutur, le héros sauvera ce qui reste du monde civilisé de hordes de dangers interstellaires belliqueux à grands coups de blaster, de sauts dans l’hyperespace et de missiles à guidage infrarouge. Une simulation de combat spatial, en somme. LA référence en la matière sur PC, où la série fait figure d’équivalent Star Wars. Une grande saga à la Origin, donc (l’ineffable Avatar erre dans le monde d’Ultima depuis houlaaa, l’Apple IIe, ce qui ne nous rajeunit pas… Songez qu’à l’époque, le pixel était vert sur fond noir et votre serviteur sortait tout juste du CM2, ce qui ne nous rajeunit pas mais je l’ai déjà dit).
Wing Commander : Prophecy, cinquième épisode de la saga, sort le grand jeu, comme à l’accoutumée, et nous apporte une fois encore son lot d’innovations, un scénario calibré space-opéra, du film interactif (en V.O. sous titrée tendance Assimil) avec des vrais acteurs dedans, des psychodrames en temps réel, de l’action, du frisson, de l’émotion, du suspens, une « menace alien terrifiante », des vaisseaux démesurés tendance flotte impériale Star Wars, justement, une « nouvelle histoire passionnante », de la 3D accélérée ultra-optimisée 3Dfx en mode natif, du grand spectacle, des effets spéciaux « à couper le souffle », un … et des… et aussi… Tout quoi, sinon un concept renouvelé.
On y retrouvera le désopilant Mark « je sais, j’ai pas eu la carrière d’Harrison Ford » Hamill, en Col. Christopher Blair préretraité. On y croisera également Ginger Lynn Allen, californienne peroxydée dont les exploits vidéographiques interdits aux mineurs furent jadis admirés par des hordes de prepubères ce qui ne nous rajeunit pas non plus mais je m’égare. Revenons à l’excelllleeeeent Wing Co : définitivement orienté arcade, jubilatoire, et toutes ces sortes de choses.

On en oubliera le désolant vide scénaristique et éthique de la chose. Car Wing Co. ne s’embarrasse guère et visite sans états d’âmes les poncifs du genre : l’alien est verdâtre, laid et repoussant. Mieux, il torture les prisonniers. Encore mieux, il exterminera la race humaine comme ça sans raison, juste pour rire. Pourquoi ? Figurez-vous que l’alien ne donnera pas d’explications. Non. Aucun justificatif d’agression. Rien. Malpoli, le bougre. Car ce gougnafier d’alien, viscéralement teigneux, diabolique ex-ante, ne peut être que « méchant et belliqueux » (au sens ID4ien du terme).
Résultat : Wing Co. n’en finit plus de glorifier le fameux « Esprit Pionnier », vieux comme le cinéma SF, et au nom duquel nous subîmes il y a peu l’agaçant Indépendance Day (« Nous le peuple américain contre le reste de l’univers, hostile et sans pitié ») : « l’Autre est immonde, protégeons de l’envahisseur notre planète bleue, hauts les cœurs, Marines, car juste est notre cause » (prononcez cette phrase les yeux levés vers l’espace infini insondable et la main posée sur la poitrine, tout en affichant un port de tête fière, altier, et patriotique). Le degré zéro de l’innovation, en somme…
Mais ne boudons pas notre plaisir : graphiquement sublime et franchement jouable, le simulateur, centre nerveux de la superproduction, reste l’un des meilleurs du genre.
Un brin mégalo, techniquement parfait, calibré zéro défaut/ultra conventionnel/efficacité haut de gamme et ostentatoire, Wing Commander : Prophecy se déguste comme un Star Wars Edition Spéciale en THX sur écran géant. Concept basique et réalisation imparable à l’appui.