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4
sur 5

Le jeu vidéo a lui aussi dorénavant son black de service. Mike Leroi, 32 ans, ex-étudiant en littérature anglaise, est finalement devenu chauffeur de taxi. Notre homme est un loser qui tente de dissimuler l’échec de sa vie à sa propre famille. A la suite d’une échauffourée, coup de bol absolu, Mike récupère 20 000 dollars laissés par un client exécuté à l’arrière de son taxi. L’occasion de gâter un peu toute la famille. Le bonheur quoi. Sauf que le paquet de tune appartient finalement à une bande de mafieux éméchés. Du coup, Mike se fait rapidement filer le train jusqu’à la Nouvelle Orléans et, désespéré, s’en remet à la magie noire du Bokor, prêtre vaudou. Ça fonctionne plutôt pas mal, mais ça ne fait au bout du compte qu’énerver un peu plus les membres du gang. En conséquence de quoi les mafieux canardent la famille partie faire une balade en voiture: Mike s’en tire, contrairement à son frère et ses parents. Et le mauvais sort s’acharne car ses expériences vaudous lui valent d’être inconsciemment devenu l’esclave zombi du Bokor. Jusqu’à ce que Mamie Nettie, sorcière vaudou, lui vienne en aide et lui implante dans la poitrine le Masque des ombres, un puissant artefact qui fait de Mike le nouveau Shadow man. Soit l’esclave-guerrier-zombi suprême et immortel qui marche entre les mondes, celui des vivants (Liveside) et celui des morts (Deadside).

Pour mettre fin à ses souffrances, notre homme devra conjurer le sort de Nettie et lui obéir au doigt et à l’œil. Dis comme ça, c’est léger, or Shadow man se découvre et se déguste véritablement en plein cœur de l’action. Clairement, ce n’est rien de moins que l’enfer que le jeu propose d’explorer, et le plus cauchemardesque des plans apocalyptiques concoctés par le malin qu’il convient de déjouer. Celui qu’on nomme Légion (Satan, soyons clairs) envisage d’ouvrir une brèche qui livrera le monde des vivants à celui des morts. « Mon nom est légion, car nous sommes plusieurs » argue-t-il sans cesse en intro. Enervant, mais ça définit assez bien l’énergumène. Figurez-vous qu’il a recruté quelques âmes prêtes à tout pour mener à bien ses noirs desseins et pas vraiment n’importe lesquels : cinq mabouls psychopathes de premier choix, des tueurs en série de la pire espèce et dont la triste renommée a largement défrayé la chronique dans leurs époques respectives. Un vétéran du Vietnam, un docteur fêlé, un boucher/DJ gravement atteint du ciboulot et deux gadjos dont on sait peu de chose… on a simplement relevé au sujet de l’un d’eux un certain nombre d’indices tendant à prouver qu’il s’agirait de Jack l’éventreur, himself ! Shadow man devra se farcir les boss un par un en les affrontant chacun dans leur propre monde… avant d’avoir directement affaire au fameux Légion. Si Nettie vous envoie illico dans le monde des morts, c’est précisément pour les retrouver et récupérer les artefacts vaudous nécessaires à leur extermination.
Façon Tomb raider-like du plus bel effet -visuel et sonore-, excellent moteur 3D en prime, le joueur arpente un hallucinant dédale qui le mènera jusqu’à l’Asile, cathédrale gothique et demeure des damnés sus-cités. Le contrôle du personnage est des plus conventionnels, la caméra suit Shadow man et disjoncte bien souvent contre les murs ou dans les angles. Une incommodité propre au genre, et qui fait qu’on loupe parfois son saut ou qu’on assiste, impuissant, à son dépeçage. Pénible.

Le Deadside est parsemé d’âmes errantes et de créatures démoniaques en tous genres, mais c’est surtout dans l’Asile, nettement plus peuplé, qu’on appréciera que notre homme soit totalement ambidextre : le Shadowgun dans une main, l’Asson (lance des crânes vaudou en fusion), le Marteau (il créé des ondes de choc au sol) ou le Calabash (une sorte d’explosif) dans l’autre, c’est le minimum offensif vital à vrai dire. L’ennui, c’est que les ennemis sont intouchables à trop longue distance. Pire, les rampes d’escalier, les murets et les caisses sont autant d’obstacles qui limitent radicalement l’angle de tir. D’où l’intérêt d’user et d’abuser du mode Sniper, en vue subjective. En revanche, dans ces conditions, tout déplacement est impossible… Poussif objecteront certains, mais Shadow man n’est pas un Quake-like, voilà tout. Chaque victime laisse traîner derrière elle de l’énergie. Le genre de bonus que le joueur récupérera également en explosant les vases et les barils qui parsèment les lieux en plus des munitions et des cadeaux (dont on découvrira ultérieurement l’utilité…). Reste les âmes noires dont l’absorption est inévitable. Plus Shadow man en récupère, plus sa puissance augmente. L' »affichage shadow » vous renseigne en permanence quant à votre niveau de vie (et d’oxygène dans le Liveside), votre puissance shadow et vaudou (puissance de feu, état des munitions) et votre niveau shadow. De ce dernier dépendra votre progression dans le jeu puisqu’il faudra atteindre le niveau 10 pour en venir à bout. Un système de portes à niveau malin en théorie. Or, dans la pratique, le joueur n’a pas fini de revenir sur ses pas pour dénicher les âmes noires manquantes. C’est une chance finalement que d’avoir avec soi le nounours du frangin permettant à Shadow man de se téléporter d’un endroit visité à l’autre, du Liveside au Deadside et inversement. C’est notamment grâce à lui qu’il est possible d’aller consulter Nettie dans les bayous de la Louisiane et de régler leur compte aux cinq désaxés dans le métro de Londres au XIXe, dans les souterrains d’une prison au Texas des 70’s, etc.

On peut s’en douter vu l’ampleur de la tâche, mais autant l’affirmer clairement : Shadow man est énorme. Des Marrow gates (les portes de la moelle… où l’on découvrira le serpent Jaunty, étrange énergumène) jusqu’au face à face brutal et final avec Légion, comptez une bonne vingtaine d’heures de jeu. De quoi s’imprégner largement de l’atmosphère envoûtante du jeu. Shadow man n’est effectivement pas avare en clins d’œil et comprend tout un fatras de références mystico-scabreuses à faire pâlir les adeptes d’Angel heart d’Alan Parker ou des romans de Masterton (La Saga du Manitou). La mixture est parfois douteuse (Lizard King pour Jim Morrison, ouais d’accord…), mais globalement tout ça est assez réjouissant. A l’image des nombreuses cinématiques qui entrecoupent les niveaux du jeu -VF impeccable en prime. Bref, vraiment pas de quoi cracher sur ce Shadow man.