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Il faudra sans doute un jour créer une rubrique « poubelle » au sein de ce webzine, pour y conserver tous les rebuts ludiques indignes d’une critique de plusieurs milliers de signes. Rising Zan fait partie de cette caste, de plus en plus rare, reconnaissons-le, du ratage complet, de la diarrhée numérique, du jeu auquel on ne voudrait pas jouer même si on nous payait pour le faire. En deux mots, l’intrigue, qui ne pouvait naître qu’au sein d’un esprit gravement atteint par la gangrène cervicale : un gentil cow-boy, affublé du nom outrageusement original de Johnny, se fait un jour méchamment rétamer par un mystérieux ninja masqué au beau milieu du désert ricain. Pas plus étonné que ça par l’incongruité de la chose, Johnny l’a mauvaise. Et comme ce genre de situation court les rues dans l’Ouest américain, il décide d’aller faire un stage au Japon pour manier le katana comme le plus habile des samouraïs. Une fois rentré au pays, il change de nom, comme nous l’explique l’hallucinante chanson du générique – « Rising Zaaaaaan, Johnny noooooo more, etc. » -, se fait appeler Zan, comme le bonbon à la réglisse et décide de devenir un « héros méga-ultra-sexy », au grand dam de nos neurones passablement abrutis par tant de crétinerie. On connaissait le western-spaghetti, voilà désormais le western-sushi, à mi-chemin entre Ghost dog et Wild wild west, cocktail franchement idiot même au 33e degré.

Le plus regrettable dans cette entreprise, c’est qu’on sent, derrière le ratage, une réelle intention d’innover. Soit de mélanger jeu de tir et beat them all. Votre personnage, peut, au choix, utiliser son sabre et charcuter les méchants ninjas qui ont décidé de piller sa ville natale, ou son arme à feu et dégommer tout ce qui bouge et a les yeux bridés. Voire même les deux en même temps. Sur le papier, c’est loin d’être con, mais une fois le joypad en mains, c’est catastrophique. On a rarement vu gameplay aussi empesé. Les mouvements manquent singulièrement de fluidité, à tel point qu’on a souvent l’impression de diriger un engin télécommandé. L’utilisation des vibrations est aussi ridicule que superflu -on est loin de la palette de sensations qu’offrait Silent hill– et les différentes combinaisons de touches sont anti-naturelles au possible, malgré un niveau training on ne peut plus didactique. Dommage. Les possibilités étaient nombreuses -coups spéciaux relativement variés, esquives, sauts, etc.- mais combiner les différents mouvements au plus fort de l’action se révèle particulièrement frustrant, pour ne pas dire franchement énervant…
Rising Zan est en 3D vue à la troisième personne, un Lara Croft-like quoi, et de fait, il cumule tous les défauts inhérents au genre mais en pire que tout ce qu’on a pu voir jusque-là. Les angles de caméra sont pour la plupart complètement inappropriés et la possibilité de changer de point de vue est franchement risible. A l’opposé de la sensation de la liberté qu’offraient Tomb raider ou Soul reaver, ici en guise de vue subjective, on appuie sur un bouton, et l’angle de vue change de manière totalement arbitraire et saccadée.

Etrangement, on pense souvent à Tenchu, stealth assassin en jouant à Rising Zan… Non pas pour le côté « furtif-ninja », ni même pour les saveurs nippones émanant des deux jeux… Mais pour le système de missions successives, à mener à bien pour passer au niveau suivant. Ici, les missions sont courtes, c’est le seul bon point du jeu, recommencer un niveau n’est donc plus un sacerdoce -quoique… avec une jouabilité pareille… A la fin de chaque niveau, évidemment, un boss qu’il faut découper en rondelles. Une fois le boss détruit, vous pouvez lui infliger une « fatalité » en appuyant sur tous les boutons en même temps comme un taré. Idéale pour les parkinsoniens, cette dernière phase est un modèle de « non-jeu » puisqu’il s’agit d’avoir un sacré coup de chance et d’être le plus névrotique possible. Après s’être énervé sur le joypad et avoir perdu pour de longues minutes l’usage de vos phalanges, vous aurez le droit à vos statistiques : nombres d’ennemis tués, pourcentages de coups au but et… sex-appeal, en bref, avez-vous effectué cette mission en étant le plus sexy possible, eh oui.
Pas de séance de rattrapage pour l’infortuné Zan niveau réalisation. On se croirait revenu deux ans en arrière : graphismes moches, personnages cubiques -et ça voudrait être sexy !-, textures banales, pixellisation extrême et moteur saccadé. Avec Rising Zan, on a effectivement l’impression qu’il faut ranger sa PlayStation au grenier et se précipiter sur la Dreamcast. Bref, c’est vieillot, mal branlé, bancal et inesthétique.
Sans doute Rising Zan aurait-il pu faire illusion il y a quelques années, le concept n’était pas inintéressant et on ne se formalise plus vraiment d’un scénario idiot à partir du moment ou le reste fonctionne. Au jour d’aujourd’hui, Rising Zan est un nanar ludique, indiscutablement nullissime à tout point de vue et qui ne fera ricaner que ceux qui n’ont pas déboursé un seul kopeck pour l’acquérir…