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4
sur 5

Metal gear solid nous assène une vérité dans le plexus. Le cloaque des jeux vidéo n’a jamais autant senti le renfermé et la putrescence qu’en ces temps nauséabonds. Les carcans n’ont jamais été aussi resserrés et les étiquettes à ce point collées. Comment sinon un jeu daté d’une dizaine d’années peut-il faire figure d’innovation au crépuscule de nos 90’s ? Il faut que nos institutions ludiques soient à la fois bien grippées et bien huilées, en un mot bien formatées, pour donner au vieux charbon l’éclat du diamant. Car il est entendu, bien entendu, que Metal gear solid est un savant lifting d’un hit qui fit les beaux jours du MSX, superbe ordinateur 8 bits devant l’éternel. Faut-il que le marché soit saturé et que le joueur n’ait que de la RAM dans la tête, de la mémoire volatile, pour avoir oublié qu’un tel jeu ait pu existé ? A croire que l’histoire du videogame se fait au jour le jour.

Konami nous ressort donc le grand jeu. Où vous infiltrez le complexe d’une ancienne cellule anti-terroriste plus anti du tout. La 3D sied a merveille à MGS qui marche au flip et au stress. La vue subjective optionnelle intervient dans les cas critiques pour jouer par exemple au sniper et sans reproche. Le climax est d’un machiavélisme forcené. C’est un thriller en temps réel qui repose sur un principe d’équité : le matos de vos adversaires est au moins aussi sophistiqué que le vôtre. Et un principe d’iniquité : vous êtes carrément moins nombreux qu’eux car vous êtes tout seul. Il s’agit alors de se faire guerrier de l’ombre, de se rendre insaisissable, indétectable, transparent pour ménager vos effets de surprise. Le crédo, surprendre pour survivre. D’où le suspense. Car se prendre pour une anguille ou un caméléon lorsqu’on n’est qu’un homme, c’est méchant pour les nerfs et le karma. L’atmosphère graphique cadre au poil : l’unité tonale et les clairs-obscurs servent puissamment l’ambiance du jeu. Pourquoi pas 5 sur 5. La dispo de MGS n’est encore qu’importative et l’espérance de vie de ses 2 CD dépasse à peine les dix heures. Si votre console ne supporte pas le NTSC et si vous ne supportez pas plus la langue des sushis que des hamburgers, vous pouvez toujours espérer que la version euro (disponible courant mars 99) aura revu la dureté du jeu à la hausse. Les nippons, en effet, tiraillés entre leurs folies consumériste et productiviste, ne peuvent se permettre de rester trop longtemps sur un jeu. Quant aux burgervores, faudrait pour ça déjà penser à leur installer des fusibles plus puissants après chaque neuro-transmetteur. En Europe par contre, on est bon en chômage et en déduction. C’est pourquoi les versions PAL se révèlent souvent plus durailles. En plus, comme on a moins de fric, ça tombe bien : ça fait moins de jeux à acheter.