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4
sur 5

Jusqu’à présent, on pensait que pour faire des bébés, il fallait que le papa introduise son pénis dans le vagin de la maman. Quelques minutes et coups de reins plus tard, le papa propulse sa petite graine vers l’ovule de la maman. Le miracle de la Vie peut commencer. Las, on avait faux sur toute la ligne. D’interminables heures passées sur les bancs des cours de biologie et quelques tentatives plus ou moins fructueuses de passer à la pratique nous ont induit en erreur. Harvest moon : A Wonderful life, la « simulation » fermière de Natsume vient de sortir pour nous dévoiler l’incroyable vérité : on fait des bébés… PAR MAGIE. A l’abri des regards indiscrets -allez savoir pourquoi-, de par l’inexplicable présence d’un mâle amorphe dans les parages, avec le soutien logistique de trois lutins et -en option- d’une mystérieuse potion magique, les vaches, les poules et même les êtres humains se reproduisent sans avoir à recourir à leurs organes génitaux. C’est un scoop hallucinant, à la hauteur du 11-Septembre ou de la capture de Saddam. A moins que… Et si Harvest moon prenait quelques libertés avec les lois de la nature ? Et s’il se fichait royalement du réalisme le plus terre-à-terroir ?

De fait, Harvest moon entreprend ce que devrait faire tout jeu vidéo qui se respecte : il se crée sa propre logique interne. Un environnement en vase clos : un petit village rural prisonnier d’une île paradisiaque aux frontières infranchissables. Des PNJs improbables : un médecin-cyborg, un yéti kawaii, trois lutins, un punk en panne d’inspiration, un salaryman cyclothymique, une plante carnivore qui parle… Un but à atteindre : gérer sa ferme au rythme des saisons, élever des vaches caractérielles mais capables d’aller toutes seules à la trayeuse, des poules aux oeufs d’or, planter fruits et légumes biologiquement incorrects (du raisin qui pousse sur les arbres ?), devenir riche. Rien n’est crédible mais tout est cohérent, à tel point que le jeu ne s’embarrasse pas d’explications, de manuel surchargé ou de tutoriaux interminables. Une fois lâché dans cet improbable univers agricole, le joueur est livré à lui-même, contraint d’assimiler les règles qui régissent les Lois de la (contre-)nature et d’en tirer profit.. Tout ça pour quoi ? Pour finir entre quatre planches, évidemment.

Car si Harvest moon repose sur une vision de la réalité des plus fantaisistes, il développe un regard nostalgique et désespéré sur l’existence, malgré de nombreux efforts pour paraître enjoué. Des villageois solitaires, qui errent comme des âmes en peine, prisonniers de leur cage dorée, à une vie de couple assommante, avec bobonne qui s’emmerde à la maison et junior qui angoisse. Un travail harassant, répétitif, un rythme de vie très lent malgré des journées trop courtes. Et la mort qui s’attaque autant aux animaux maltraités qu’aux villageois en fin de parcours… Harvest moon est un jeu double-face, au potentiel ludique incertain, comme bon nombre de « simulations de vie ». Comment distraire le joueur en lui proposant une succession d’actions laborieuses et une vision aussi tragiquement lucide sur sa propre condition d’être humain ? Réponse de normand : s’il y a quelque chose de flippant à voir une vie aussi dénuée de sens défiler en accéléré, de voir le fruit de son travail brutalement stoppé par l’horloge biologique, il y a aussi quelque chose de fascinant et d’immersif à voir ce petit monde virtuel évoluer. Harvest moon, a wonderful or a depressing life ? Choisis ton camp…