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Donc, c’est vrai, tous les collégiens ont plus ou moins vécu ou assisté à ça : la fascination pour les « Staïtsss », pour la coolitude américaine, les « un jour, je vivrai aux « zuhèsses » ». Plus tard, souvent, ça passe. Et aujourd’hui, c’est ouvertement passé de mode. On pourrait noter, d’abord, le mini-courage de Patrick Timsit, qui consiste à créer un personnage à contre-courant de l’air du temps. Il s’appelle Francis, Francis Farge. Est surnommé « L’Américain », habite Sarcelles, mange américain, rêve américain, pense américain, feel americanly. Persuadé d’être génétiquement yankee, il demande, en vain, la nationalité américaine, rencontre un avocat d’affaires qui relève le défi, transforme son lotissement en enclave US, parvient à obtenir son passeport, pose le pied sur le territoire, est déçu, fini comme attraction à Eurodisney -c’est logique.

Absolument affligeant, L’Américain s’ébroue dans une purulente médiocrité qui appelle beaucoup d’antipathie et ne propose d’avancée qu’en un domaine bien précis mais accessoire : la figure du beauf. Timsit n’y conte que les métamorphoses et la mondialisation du beauf, à travers une mise en scène sinistre de ses signes extérieurs. Le film n’offre en guise de situation, disons de comédie, que celle-ci : déguiser des beaufs français en beaufs américains, pas seulement pour observer l’internationale de la connerie au travail, mais aussi pour ressusciter la figure de l’absolu beaufranchouillard, ce petit collabo avec sa grosse bonne femme, ronchon et agrippé à son pavillon.

Il y a chez Patrick Timsit un réflexe naïf au mieux, stupide et démago au pire, qui consiste, au nom de prétextes cul-cul style « tendresse pour les personnages », à coller à la nullité crasse de son Francis. Il n’est pas interdit de faire d’un personnage médiocre le héros d’une comédie, encore faut-il que la qualité du regard porté sur lui soit telle que l’on puisse rire avec lui, et non seulement de lui. De toute façon, avec ou contre son héros, Timsit n’arrache au spectateur qu’une poignée de grimaces, pas un sourire.