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sur 5

1983 : Atari, alors triomphant, nous gratifie d’un Pole Position désormais mythique. 16 couleurs, quelques pixels en mouvement : grisant défilement d’un asphalte ascétique, sans relief et néanmoins terriblement mobilisateur.
1998 : les produits Atari n’explosent plus que les rétines de quelques aficionados romantiques et F1 Racing n’en finit plus de tenir la pole position -justement- des ventes PC. Entre-temps, le Grand Prix de Geoff Crammond, décliné dans ses versions 1 et 2, aura régné en maître incontesté du « les voitures doublent et se rabattent ». Exit GP2. Merci Geoff. F1 Racing déboule avec trois bonnes longueurs d’avance. Hit annoncé, assuré, confirmé. Car l’engin motorisé séduit encore le joueur (la pléthore de courses en tous genres, tous supports confondus), la magie du transfert freudien aidant, la grosse cylindrée scotche le jeune mâle néo-urbain au volant de ses fantasmes, sensation de puissance à l’appui. Je ne reconnais plus personne devant ma PlayStation, voyez-vous … Merci Sigmund.

Sur PC, la simulation de monoplace hypertrophiée du train arrière aura fait du chemin. Par un prompt renfort, les 16 malheureuses couleurs se voient aujourd’hui 65 000 en arrivant sur l’écran, le gras pixel des débuts évacue le moniteur, laisse place aux splendides décors lissés façon 3DFX, standard décidément incontournable du moment. Mieux, les concurrents bas de plafond s’offrent une intelligence tactique, doublent et se rabattent, pour le coup. Surtout, environnement et modèle de conduite poussent le réalisme à un paroxysme troublant, quoiqu’éphémère par essence (et du super … haha).
Troublant car un cap vient d’être franchi : si ses prédécesseurs singeaient la réalité télévisuelle du genre, F1 Racing s’offre le luxe de doubler en ligne droite la lucarne à coins carrés. Signe des temps : par un morne dimanche, l’amateur préférera faire lui même crisser le pneu sur le tracé de Monaco plutôt que s’affaler devant la retransmission sans émois du véritable Grand Prix. Plutôt manger du gravier à Spa qu’ingurgiter du Jean-Louis Moncet à longueur de vrai faux direct (« Houlalaaa, ce fût très très très très très chaud durant la coupure pub. Top à la régie pour essayer de nous remontrer ça … ». Merci Jean-Louis).
Tout a déjà été dit sur les incontestables qualités graphiques de F1 Racing. Tout. Mention spéciale tout de même au superbe vol plané option FlightSim 98 dont m’aura gratifié l’ineffable Jean Alési. Merci Jean.
Bien entendu, à l’usage, notre ultime simulation s’avère un bijou de jouabilité et de pédagogie. Rien n’y est oublié (réglages quart de poil, tactiques de course, règlement officiel, vrais pilotes, vraies écuries, vraies pannes, vrais stands …) mais tout y est soigneusement didactique (le guide technique en ligne, innovations majeures et attendues). L’acharné passera donc en douceur de l’apprentissage à l’expertise, rivé sur un titre sans rival, imparable de réalisme, plébiscité par la presse automobile elle-même. Évidemment, si l’Auto-Hebdo s’y met…