2
sur 5

Après Brothers, le Summer of Arcade continue avec un titre radicalement différent : Charlie Murder, signé par le développeur américain indépendant Ska Studios. Remarqué pour sa saga The Dishwasher, sa dernière création s’inscrit dans la même lignée en conservant la formule du beat’em all hargneux et sanglant avec des graphismes cartoon et une action gore. En solo ou en multijoueur, le jeu mise tout sur son mélange d’ambiances punk-rock, de film d’horreur et d’humour noir. L’histoire, du moins ce qu’on en comprend à travers les quelques cinématiques qui parsèment le jeu, parle d’un groupe de rock disjoncté devant affronter les forces du mal invoquées par un concurrent raté. Tout ça est bien gentil, mais à force de se vouloir cool, branché et décalé, cet univers finit surtout par devenir assez antipathique. Il y a une fierté mal placée et au final agaçante dans la fausse désinvolture que certains petits développeurs érigent comme marque identitaire (chose également valable pour le cinéma). La revendication excessive de leur créativité dissimule, en réalité, la honte de n’être qu’une gouttelette dans une industrie mastodonte qui les pousse à pallier le manque de moyens par des graphismes volontairement foutraques ; tout en se cachant derrière une légèreté complaisante pour faire mine de ne pas se prendre trop au sérieux. Or, les meilleurs jeux indé sont justement ceux qui, en dépit de leurs capacités réduites, ont pris le jeu vidéo le plus à cœur et l’ont propulsé plus loin que tout autre.

Charlie Murder n’est pas à proprement parler un mauvais titre, mais son envergure de petit hit fun et décomplexé a quelque chose d’étrange voire un peu gênant en cette période de « fin de génération ». La passage d’une ère de consoles à une autre est toujours vécu comme une petite mort dans le monde des jeux vidéo. C’est souvent le moment de dresser le bilan, quand les jeux récapitulent les acquis techniques et ludiques de leur temps et brûlent fièrement leurs dernières cartouches. Emmitouflé dans un retro-gaming exsangue et qui depuis dix ans n’a cessé aussi de naviguer entre retour aux sources simplet et clins d’œil appuyés, Charlie Murder propulse la tendance dans ses derniers retranchements. Il emprunte directement ses mécaniques de jeu à Double Dragon et les booste à coup de super-pouvoirs ou d »arsenal surchargé. Il intègre un système d’amélioration, façon RPG, devenu ces dernières années une astuce paresseuse pour donner à la progression un peu d’attrait – le beat’em all bourrin façon 8bits étant tout de même extrêmement répétitif. Cette marotte nostalgique, qui a eu son charme avant de brandir trop souvent les bons vieux gameplay d’antan sans trop d’efforts, tient désormais d’une démarche opportuniste. Et Charlie Murder n’y échappe pas, tant il se heurte à la limite d’un recyclage poussif conduisant droit vers l’impasse artistique et un exercice illustratif vain. Comme chant du cygne, on pouvait espérer mieux.

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