PARTAGER
4
sur 5

Bien sûr, les PC-puristes ne vont pas apprécier… Le plus beau fleuron micro du RPG classique, Baldur’s gate, transformé en « vulgaire » Diablo-like sur une console qui vient à peine de redorer son blason. Laissons-les râler, au bout de quelques minutes le joypad entre les mains, l’évidence est là : les développeurs de Snowblind ont fait le choix qui s’imposait. Pas d’adaptation littérale d’un genre qui sied mieux au binôme clavier-souris mais un transfert simplifié plus axé action. Baldur’s gate : Dark alliance marche donc sur les traces de Diablo -ou de Phantasy star online pour les strictement consoleux. Soit un versant du RPG un peu décrié par les puristes -encore eux-, le hack’n’slash. Plus bourrin et répétitif mais qui convient à merveille au support consolesque.

« Oubliez vos références », nous ordonne la jaquette, comme s’il fallait se dédouaner auprès des plus fanatiques des PC-gamers… Une fois admise cette remise en question du concept, reste à savoir si Dark alliance est un bon Diablo-like. La réponse tendrait plutôt vers l’affirmative, malgré un scénar’ prétexte qui donne dans le plan-plan cliché : les forces du mal font des misères aux habitants de Baldur, à vous d’aller leur donner la fessée. Finalement, le mécanisme du hack’n’slash est assez proche de celui de jouer à la poupée. On vous offre un joli perso -préférez l’elfe ensorceleuse, beaucoup plus agréable à regarder en bikini que le nain guerrier-, il s’agit pour vous de le faire évoluer, de le fringuer correctement et de l’armer efficacement avant de l’envoyer à la boucherie. Parce que ne l’oublions pas, malgré les caractéristiques évolutives du personnage et tout l’attirail jeu de rôles réduit au minimum syndical, c’est bien de boucherie qu’il s’agit. Comme à la belle époque de ce bon vieux Gauntlet des familles, les monstres débarquent en masse pour se faire écharper. Rien de plus, quelques quêtes annexes pour relever la sauce, même s’il s’agit le plus souvent de ne pas louper un objet spécifique sur votre chemin. Les plus jusqu’au-boutistes n’auront donc aucun problème à se faire du rab’ d’expérience. La simplicité et l’efficacité de la jouabilité feront le reste : Dark alliance est diablement addictif malgré l’inévitable répétitivité du gameplay, une façon détournée pour les consoleux de goûter aux joies du RPG en dehors des productions nippones moins archaïques mais nettement plus fantaisistes.

Magistralement réalisé, Dark alliance repose intégralement sur l’une des 3D les plus belles et les plus fines qu’on ait jamais vu sur PS2. Si on met de côté quelques bugs d’affichage épars, tout, de la modélisation des personnages aux superbes effets aquatiques, constitue un véritable régal pour les yeux. La vue de trois-quarts de dessus -la plus répandue en dehors des rares dialogues avec l’habitant- nous épargne trop de poudre-aux-yeux. C’est beau, c’est sobre, suffisamment attractif pour nous donner l’envie d’avancer. La seule limite de Dark alliance, finalement, c’est sans doute sa durée de vie. Mais le plaisir indéniable qu’on ressent à exploser du gobelin sera-t-il encore aussi tenace au bout de 50 heures de jeu ? Peu probable… Dark alliance se finit avant qu’on puisse ressentir un soupçon de lassitude, c’est déjà une bonne chose. Alors qu’on pouvait craindre le pire -une adaptation ratée, une infiltration insidieuse du système PC au coeur de l’univers console qui n’en demande pas tant-, Dark alliance est une réussite totale, une expérience houleuse menée à bien, avec une intelligence du jeu qui manque à de nombreuses productions next-gen… Et une killer-app de plus pour la PS2 !