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sur 5

Jean-Michel Othoniel, jeune artiste et ancien pensionnaire de la villa Médicis, investit la salle de lecture Labrouste de la Bibliothèque nationale (aujourd’hui déchargée de ses fonctions puisque ses rayonnages se retrouvent sans livres) avec des ordinateurs porteurs de 26 histoires. Son CD-Rom propose à chacun de se plonger dans un récit en choisissant un des 26 trous que l’on fait défiler sur la page de garde. De ce choix va dépendre l’image qui va s’afficher sur l’écran. On s’y promène, la souris à la main, en faisant apparaître des symboles. Ils indiquent la possibilité de voir un film, de continuer le récit ou d’en changer. Les découvertes paraissent infinies : on part à Murano dans un atelier de souffleurs de verre, puis au Japon, à Stromboli sur les traces d’Ingrid Bergman (il semble qu’on ne puisse jamais voir toutes les photographies prises par l’artiste lors de ses voyages effectués pendant une dizaine d’années) : à celles-ci s’ajoutent les petits films qui amènent du sens ou de la poésie à l’image fixe, et des phrases, pleines de mystère et de rêve. Il ne s’agit bien évidemment pas de suivre le chemin tracé par Jean- Michel Othoniel, il n’y en a d’ailleurs pas. Car on se trouve continuellement face à une multitude de choix et de surprises.

A Sadow in your window joue sur la frustration de son utilisateur : tellement de choses à voir, tellement d’histoires à écrire, et puis les images ne sont pas toujours sages, c’est là une belle idée. Une photographie attire parce qu’elle emmène vers des horizons bien différents de la précédente ? Il faut la saisir vite ou elle se refusera définitivement. Si une autre reste impénétrable, c’est sûrement pour qu’on prenne le temps de la voir. On traque le symbole, faisant courir la souris, rien ne vient. Et puis, passées quelques secondes, tout rentre dans l’ordre. On semble avoir été pris au piège par une machine qui nous oblige à prendre le temps de regarder.

Une des finalités de cette installation est l’impression d’un petit livre de huit pages sélectionnées d’après un savant calcul déterminant les préférences de chacun. Une fois votre récit terminé, regardez les étagères de l’illustre bibliothèque se remplir peu à peu des livres imprimés : le souvenir en huit pages des histoires de chacun.