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Avec son album éponyme, Zongamin construit ses énigmes dansantes à partir d’éléments simples mais aussi diaboliquement efficaces qu’une ligne de basse d’ESG. Le garçon timide déballe sa discothèque.

Chronic’art : Quand as-tu commencé la musique ?

Zongamin : J’ai commencé avec un ami dans le Sufolk, East England, qui jouait de la guitare et qui avait besoin d’un bassiste. Je venais du Japon, j’avais 14-15 ans. Au même moment, je faisais des covers de Prince, Art of Noise ou de jazzmen de fusion comme Jaco Pastorius and Stanley Clarke, ou encore mes propres morceaux, sur un double lecteur cassette que j’avais bricolé. Je travaillais sur des beats que je samplais et éditais avec ce matériel très lo-fi. C’est comme ça que j’ai vraiment commencé à faire ma musique. J’enregistrais des rythmes, d’une cassette à l’autre, j’ajoutais une basse, et construisais les morceaux comme ça. Mais c’était plus pour m’amuser, au départ. De même que le groupe dans lequel je jouais. Ensuite, j’ai eu un 4 pistes, et j’ai vraiment commencé la musique comme une activité potentiellement professionnelle vers 19 ans. Avec Zongamin.

D’où vient ce nom ?

C’est un nom que j’ai inventé pour ce projet, pour ma dernière année en école d’art. Il ne renvoie à rien d’autre d’existant, à ma connaissance. Je ne voulais pas d’un nom qui puisse être associé à un pays par exemple, ou à un genre musical. Je voulais que ça donne l’impression d’un groupe venu d’une autre dimension.

La pochette aussi donne cette impression d’étrangeté, et d’intemporalité…

Oui, c’est moi qui l’ai faite. Il y a ces éléments égyptiens, des pyramides, des hiéroglyphes, que j’ai toujours bien aimés. Cette civilisation est fascinante : ces gens qui ont construit des structures très compliqués, très sophistiqués. Je trouve que la pochette reflète bien la musique. Je fais des illustrations parfois pour des magazines, comme Dazed and Confused, Arena, Blueprint ou Sleazenation, ou des labels (Universal, Monocle 78, Flesh Records). Mais je dessine surtout pour moi. J’ai été dans une Art-School, le Royal College of Art de Londres. Je pense que la pochette d’un disque influence beaucoup le contenu musical, sa perception. Donc, j’ai beaucoup réfléchi à la manière dont je voulais représenter ma musique, à la juxtaposition des images et de la musique. Il me semble que ces images rendent la musique plus intéressante encore.

Comment as-tu enregistré ?

Beaucoup de titres ont été fait chez moi, avec un 4 pistes, des boites à rythmes, quelques instruments et des effets.
Et certains sont produits par Mike Silver de Flash Records, qui a repris mes enregistrements, et sur lesquels on a ajouté d’autres instruments. Pas forcément les titres les plus dansants.

Tu sembles avoir un champ très large d’influences musicales…

Il me semble que les gens aujourd’hui n’écoutent plus un seul genre de musique, mais plein de choses différentes. Cet album représente un peu pour moi ce que j’écoutais au moment de le composer et de l’enregistrer, l’année dernière. Et je ne voulais pas me restreindre à faire un album dance ou rock. J’aime penser que c’est une démarche honnête. Mais j’aime la musique rythmique en général, qu’elle vienne du rock ou de la dance, donc l’album est essentiellement rythmique.

Qu’est-ce que tu écoutais à ce moment-là ?

J’écoutais et j’écoute toujours beaucoup de choses : Prince, Joe Meek (mon favori), les guitares de Billy Mure, les compilations Incredibly Strange Music, des B.O. de films de cannibales des 70’s. Mes premiers titres étaient très influencés par ESG. Parce que j’aime la manière dont leur musique sonne, si simple, minimale et pourtant efficace, dansante. Je les ai vu en concert : elles font vraiment des lignes de basse avec un doigt sur une seule corde. C’est très beau.

Et de la vieille electro ?

Oui, j’aime bien. Mais je n’ai jamais beaucoup écouté de hip-hop. Je me sample moi-même uniquement. Les scratches sur le disque sont le fait d’amis plus versés dans cette musique. J’écoute vraiment de tout. Le premier titre de l’album est une cover d’un groupe psychédélique des 70’s.

Il n’y a pas de voix sur tes chansons ?

Non, j’aime mieux les morceaux instrumentaux. Je trouve que l’on écoute plus attentivement ainsi. L’attention se concentre sur la musique, plutôt que sur des paroles. Ce qui ouvre l’imagination, à mon sens. Mais je n’ai encore jamais essayé d’écrire des lyrics moi-même.

Quel genre d’auditeur es-tu ?

J’aime bien écouter le même morceau en boucle, pendant des heures, en me concentrant sur des parties différentes du morceau à chaque écoute. Les textures, les mélodies, les rythmes. J’aime écouter de la musique quand je dessine, ou quand je vais me coucher. Mais je ne crois pas que la musique doive avoir une fonction particulière.

Propos recueillis par

Lire notre chronique de l’album de Zongamin