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Dans le très remuant Blade, adapté de la BD éponyme, Wesley Snipes incarne un redoutable chasseur de vampires, champion d’arts martiaux, obsédé par la vengeance. De passage à Paris, l’acteur black le plus populaire du moment nous parle du film, et évoque son statut de superstar du film d’action. Entretien.


Chronic’art : C’était important, pour vous, d’incarner le premier super-héros black de la bande-dessinée américaine ?

Wesley Snipes : Ce n’est pas la raison qui m’a poussé à endosser les habits de Blade. Ceci dit, je pense que le fait que Blade soit un super-héros black a des implications profondes au plan social, et en termes de représentation cinématographique de la communauté afro-américaine. Cela se mesure au succès du film au sein de la communauté noire américaine, et à travers les ventes de produits dérivés. Si le film a eu une résonance particulière au sein de la communauté afro-américaine, c’est tout simplement parce que c’est très rare, un super-héros black auquel les gens peuvent s’identifier.

Non content d’en être le héros, vous avez produit Blade. En avez-vous retiré une plus grande liberté artistique ?

Absolument. En tant que producteur, j’ai pu contribuer à l’écriture et à la réécriture du scénario, participer aux choix des acteurs, superviser les scènes de combat, qui sont très chorégraphiées, … bref, avoir mon mot à dire sur tout le processus de fabrication, jusqu’au montage.

La violence va croissant, dans Blade, jusqu’au final, d’une brutalité extrême. Pourquoi tant de haine ?

Cette violence n’est pas gratuite. Finalement, Blade raconte une histoire très simple, très classique, autour de la lutte entre le bien et le mal, avec au milieu un héros tourmenté, jouet de forces qui le dépassent. Pour être victorieux, Il va devoir surmonter ses propres peurs. Ce sont des thèmes et des enjeux que l’on retrouve dans les tragédies grecques, et dans Shakespeare. Lorsque ces pièces sont montées sur scène, l’acte final est souvent d’une violence effroyable. La raison pour laquelle cette violence est acceptable, c’est qu’elle est contextuellement correcte. Si la violence correspond à un contenu émotionnel, alors elle n’est pas gratuite. Et c’est valable pour Blade. Après toutes les épreuves qu’il a traversées – la mort de sa mère, tuée par les vampires, puis celle de son meilleur ami, dont il n’arrive pas à chasser le souvenir -, on peut comprendre que Blade soit très, très fâché. Et en quelque sorte, le spectateur attend de lui une réaction forte. Un acte de vengeance.

Cependant, le film, basé sur une BD, s’adresse à un public jeune, qui risque de prendre cette violence au premier degré…

(Pensif) C’est possible. Mais, en supposant que les gamins ne s’attachent qu’à la façon dont Blade combat et s’identifient à lui, en aucun cas ils ne pourront pas faire ce qu’ils voient à l’écran. Pour y parvenir, il leur faudra s’initier aux arts martiaux, et s’entraîner dur. Et dans ce cas, ils seront forcés d’apprendre les règles et les valeurs qui régissent les arts martiaux : discipline, self-control, respect, compassion. Des valeurs qui leur permettront de canaliser leur énergie négative.

Avec des films comme Passager 57, Demolition Man, U.S. Marshals et aujourd’hui Blade , n’avez-vous pas le sentiment de vous enfermer dans la catégorie « action star » ?

(Amusé) Que l’on m’identifie comme « action hero » ne me dérange pas plus que ça, car, au bout du compte, on ne peut m’enlever mes talents d’acteur. Et quand je serai trop vieux pour jouer dans des films musclés, je sais que je serai capable de jouer autre chose. Contrairement à d’autres, qui ne savent rien faire d’autre que distribuer des coups de poing. La plupart des gens se souviennent de moi à travers mes films d’action parce qu’ils ne voient pas les plus petits films, à moins d’être des cinéphiles [Wesley Snipes a notamment tourné Mo’ better blues et Jungle Fever sous la direction de Spike Lee, ainsi que King of New York, réalisé par Abel Ferrara, ndlr]. Mais cela ne m’empêchera pas de continuer à partager mon temps entre les gros films et des films plus confidentiels, des drames… Ce que j’aimerais, c’est être considéré comme une star du film d’action, et aussi un bon acteur !

Comment envisagez-vous l’avenir ? Derrière une caméra ?

Non, je n’y tiens pas particulièrement. Vous savez, je suis quelqu’un de très simple. Réaliser un film implique trop de contraintes. Vous devez être à l’écoute de tout le monde : acteurs, producteurs, patrons des studios… Ce que je veux, c’est continuer à tourner, avec de bons réalisateurs, qu’ils soient connus ou non. Et, en participant à de petits films, j’espère pouvoir contribuer à ce que les gens qui m’apprécient dans les films d’action s’intéressent à ces productions plus modestes.

Propos recueillis par