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Victor Haïm est un auteur dramatique heureux. Ses pièces sont traduites dans seize langues et sont jouées dans le monde entier. Loin de se satisfaire de cette seule activité, il est aussi comédien, membre de l’Académie internationale des auteurs dramatiques de Châtillon-sur-Chalaronne (Ain) et Commissaire à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. C’est justement à la SACD qu’a lieu notre rendez-vous. Nous parlons de lui et de ce festival châtillonnais qui, chaque année depuis 13 ans, convie le public à un « week-end-marathon » de théâtre contemporain amateur très apprécié des professionnels, pour sa qualité, son accueil chaleureux et pour les confitures de madame Salmon…


Chronic’art : D’où vient cette idée d’écrire et de réunir les discours de la séance inaugurale de l’Académie internationale des auteurs dramatiques de Châtillon-sur-Chalaronne* ?

Victor Haïm : Je crois qu’elle est née à peu près spontanément chez tous les auteurs qui, depuis 13 ans, participent à ce marathon de théâtre. Nous nous sommes dits qu’il faudrait faire une Académie des auteurs de Châtillon-sur-Chalaronne. C’est une idée amusante : elle sent à la fois le sérieux, tout en ayant un petit parfum de provocation par rapport aux vraies académies. Le « petit dernier », c’est Robert Poudérou.

Vos discours respectifs vont donc être édités à l’Avant-scène théâtre, en même temps qu’une pièce d’Israël Horovitz, l’un des membres de cette Académie…

Oui. J’en ai lu les épreuves et je me suis aperçu que j’allais peut-être me fâcher avec une directrice de théâtre… Mais ça n’est pas grave, je sais qu’elle a énormément d’humour ! Ce qui est intéressant à Châtillon, c’est qu’il s’agit d’un festival de théâtre d’amateurs, qui ne montent que des auteurs vivants. Je ne sais pas au fond si c’est une chose très répandue… J’avais lancé l’idée à la SACD de créer un « contre Avignon », que l’on inaugurerait uniquement avec des auteurs contemporains vivants. Je suis sûr que c’est un festival qui marcherait aussi bien qu’un autre. A l’époque où il n’était pas encore directeur du festival d’Avignon, j’ai rencontré Bernard Faivre d’Arcier et je lui ai dit : « ce serait bien qu’il y ait des auteurs contemporains joués en Avignon ». Il m’a répondu : « mais oui, bien sûr ! Il ne faudrait que ça d’ailleurs : des auteurs vivants ! ». Moyennant quoi il a été nommé directeur et… le festival s’est ouvert avec un Shakespeare !

Enfin, il y a quand même quelques auteurs vivants, à Avignon…

Dans le Off, L’Ecole des femmes de Molière est mise en scène par deux compagnies. Je crois malgré tout que sur les cinq cents spectacles présentés, il y a quand même un grand nombre d’auteurs vivants.

Vos pièces sont montées à la fois à Châtillon -festival d’amateurs- et à Avignon. Qu’est-ce que l’un et l’autre vous apportent de différent ?

Les amateurs affichent leur statut d’amateur, alors je ne crains pas le résultat. Ce qui fait peur, c’est lorsque les professionnels sont mauvais. Ils vous garantissent sur facture que ça va être merveilleux et finalement, ils font des choses totalement inintéressantes. C’est çaa qui me fait peur. Quand une compagnie veut aller à Avignon, je suis prudent, je m’arrange pour voir le montage avant, car si c’est une catastrophe et qu’on ne s’en aperçoit qu’au dernier moment, c’est trop tard. Le spectacle qui se monte cette année, n’est pas parfait -loin de là- mais je suis sûr que ceux qui iront voir Comment harponner le requin n’auront pas l’impression de s’être fait avoir.
A Châtillon, c’est la surprise. Une année, j’ai eu trois pièces qui ont été mises en scène (un hasard) ; j’avais aussi la lecture d’une quatrième. C’était Le festival Victor Haïm ! J’aimerais bien qu’un tel festival existe, mais pour ça il faudrait que je meure avant…

Vos pièces sont aussi montées à l’étranger. Allez-vous les voir à chaque fois ?

Non. Il m’arrive d’être invité dans ces théâtres pour assister à la première. Je suis allé en Autriche, en Suède, en Hollande et à Chicago, pour voir la mise en scène de Chair amour, qui avait été donné à l’Essaïon de Paris. C’est une pièce pour trois rôles. A Paris, l’un d’entre eux était tenu par Dominique Arden, une petite femme blonde, très distinguée, très belle. A Chicago, c’est une immense noire qui jouait ce personnage… Ce qui compte c’est que la pièce soit bien jouée.

Est-ce que vous participez à la traduction de vos textes ?

Non, il y a pour ça de bons traducteurs, tout à fait habitués à la langue française. On me soumet la traduction, j’y jette un œil. C’est amusant de voir sa pièce traduite en italien ou en japonais (même si je ne peux pas dire si c’est une bonne traduction ou non). J’ai été traduit dans seize langues. Quand c’est en anglais ou en espagnol, je fais lire le texte par des gens proches qui connaissent la langue.

Auteur vivant traduit en seize langues, c’est pas mal… C’est rare !

(Petit sourire) C’est sur la durée, en fait, car ça fait longtemps que j’en vends ! A force d’écrire et de m’accrocher à ce métier inventé par le Diable… Il y a eu de bonnes critiques et quelquefois des agents à l’affût de succès demandent le texte puis en font faire la traduction. Il y a un théâtre en Allemagne qui a inauguré sa salle avec l’une de mes pièces.

Est-ce que l’auteur Haïm aide l’acteur Haïm, et vive versa ?

Oui. Vous savez, il y a certaines de mes pièces qui sont ratées, qui me plaisent moins, et sur lesquelles j’ai un regard critique parce que le temps a passé. Cependant il y a une critique que je n’ai jamais entendue, c’est : « ça n’est pas écrit pour des acteurs ». On me dit toujours : « même si je n’aime pas beaucoup ta pièce, elle est écrite pour des acteurs ». Quand on est acteur, je crois que c’est un plus pour l’écriture théâtrale.

Votre pièce, Les Femmes de Dieu, a été mise en scène en mai dernier à Châtillon. C’est un changement de registre, une pièce surprenante, au regard de vos autres textes ?

Oui, elle semble étonner. On me dit : « On ne dirait pas que c’est de toi ! ». Elle est plus Bergmanienne. Vous avez trouvé le mot : c’est plus un changement de registre qu’un changement de style. On y reconnaît mes obsessions et mon univers, mais je suis plus à l’aise dans une sorte de provocation fabuleuse avec beaucoup d’imagination et d’humour. L’humour… Je n’en ai pas dans la vie, mais j’en ai au théâtre ! (rire)

Propos recueillis par


Victor Haïm en deux temps, trois mouvements :
D’abord acteur, Victor Haïm obtient une médaille de diction en 1945 au conservatoire de Nantes. En 1954, il arrive à Paris pour y suivre l’enseignement de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ). C’est en Algérie, où il est appelé en 1958, qu’il commence à écrire pour le théâtre. Il a écrit une vingtaine de pièces qui sont éditées à L’Avant-scène, chez Actes sud-papiers et aux Quatre-vents : Abraaham et Samuel, Isaac et la femme de chambre, Accordez vos violons, Les Fantasmes du boucher, L’Eternel mari, Mourir en chantant, La Valse du hasard, etc.

Comment harponner le requin est présenté au Théâtre de L’Alizé, à Avignon jusqu’au 31 juillet 1999.

* Membres de l’Académie internationale des auteurs dramatiques de Châtillon-sur-Chalaronne : Israel Horovitz, Fatima Gallaire, Robert Poudérou, Claude Broussoulou, Jean-Paul Alègre, Guy Foissy, Victor Haïm, Jean-Paul Daumas, Christian Palustran