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La salle ressemble à un croisement de hangar (amélioré d’une mezzanine) et d’Elysée Montmartre fané. Le public, essentiellement composé de vingt-cinq trentenaires aux allures de faux Spencer, déborde d’enthousiasme. Voire, déborde tout court, tant le catalan s’excite à l’idée d’assister à la prestation des new-yorkais. On le comprend. Le Blues Explosion en concert compte parmi ces expériences extrêmes en matière de rock’n’roll qu’il faut avoir vécues une fois au moins si l’on prétend aimer le son cru des garage bands, la voix de ténor et le sex appeal d’un Elvis jeune et mince, les riffs piochés aux origines du blues et remaniées à la sauce déglinguée du combo. S’il est souvent impossible d’arracher son regard des contorsions de Jon Spencer, moulé de stretch argenté -bête de scène ultime, fils naturel d’Iggy et de Lux Interior, moins les strip-tease, Jon est un garçon pudique-, on ne regrette pas les instants où l’on saisit Judah Bauer, petit prince de la Telecaster, malmenant sa guitare l’air de rien, assurant les chœurs, jouant de l’harmonica avec la fougue d’un Brian Jones débutant. Tignasse frisée dans les yeux, chemise scintillante de paillettes sur ses épaules de catcheur, Russell Simins rythme le tout et cogne comme un perdu, sans jamais noyer ses compères, sans se laisser aller aux redoutables solos de batterie, qui ne trouveraient guère d’espace au milieu des morceaux express enchaînés sans une pause.

Ici, la durée moyenne d’une chanson n’excède pas les deux minutes et en une heure trente, le Blues Explosion recrache Acme et Now I got to worry, ajoutant encore un peu de brutalité à des morceaux déjà incisifs. Magical colors, interprété sous les dégoulinures d’une mirror ball, Judah poussant son énorme coup de gueule musical sur Fuck shit up, ou les guitares écorchées de Talk about the blues peuvent figurer au panthéon des classiques du rock. Ainsi que les désormais fameuses interjections « ladies and gentlemen » et « Blues Explosion » que rugit Jon à intervalles réguliers. Dernière touche de grâce, le groupe, avant de revenir servir les rappels, laisse une bande qui scande en boucle son nom, afin d’aider le public à les réclamer. On en redemande encore.