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C’est au traditionnel exercice de la nature morte, genre considéré comme mineur dans l’histoire de l’art classique -tout comme le paysage- que Giorgio Morandi a consacré la plus grande partie de son travail. Sur les cimaises de la Tate Modern, les cartels se succèdent mentionnant pour la plupart, Still life (nature morte), à l’exception de quelques Landscape (paysage). L’artiste italien trouve en effet dans ces genres dits mineurs, un moyen d’expression qu’il va poursuivre toute sa vie. Les œuvres présentées à la Tate Modern datent de 1918 à 1964, année de la mort de l’artiste ; sur les 63 pièces présentées, huiles et dessins, 54 représentent des natures mortes, les 9 autres sont des paysages presque abstraits.

Still life ou nature morte, ces compositions de bouteilles, vases, boîtes, pots, bols, oscillent effectivement entre le « encore en vie » et le « déjà mort ». Centrés dans la toile, regroupés, serrés, parfois presque amalgamés, les objets de Morandi luttent contre le vide immense qui les entoure et les envahit quelquefois. Absolument statiques et inertes, ils se déclinent en d’innombrables séries -changeant un angle de vue ou un cadrage, enlevant, déplaçant ou remplaçant un élément- qui leur donnent une véritable expressivité. Ils deviennent le reflet d’un état intérieur, prennent une dimension métaphysique par le simple fait de la répétition, jamais identique de toile en toile.

C’est dans l’exploitation de ces menues variations de composition que Morandi joue le plus. Sa palette, quant à elle, est volontairement encore plus réduite, s’harmonisant dans des camaïeux de gris ou de bruns où contrastent parfois un bleu, un jaune ou un rouge plus lumineux. L’ensemble coloré reste cependant d’une grande neutralité ajoutant au statisme des objets. Les instants de vie sont très ténus, très contenus, mais ils sont bien présents, tant par les compositions elles-mêmes que par les vides qui s’y inscrivent. Les œuvres graphiques qui s’ajoutent aux huiles présentées éclairent sur ce point le travail de l’artiste. Elles ne sont que recherches de compositions et certaines se construisent effectivement en fonction des vides. On voit en effet très clairement que Morandi a cherché à délimiter les espaces laissés entre les objets plutôt qu’à représenter les contours des bouteilles, pots et carafes.

Avec obstination et intransigeance, l’artiste donne ainsi non seulement une nouvelle lecture de la nature morte mais s’approprie également de façon toute personnelle la Vanité, sans artifice, sans bougie, ni crâne humain.