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Depuis bientôt 30 ans, Christian Vander poursuit son combat musical avec une constance remarquable et toujours inventive. Pour tous ses projets, aussi divers que Magma, Offering, Welcome, Alien Quartet, Vander Trio ou ses expériences solo, le maître-mot de sa musique est indépendance d’esprit et d’action, toujours animée par une foi musicale transcendantale et coltranienne. Il est enfin temps de se concentrer sur un des compositeurs et musiciens majeurs de ces dernières années.

Chronic’art : Il y a 20 ou 25 ans, vous disiez mener un combat contre la gangrène musicale et la vulgarité généralisée… Nous sommes aujourd’hui en 2000, est-ce que vous pensez que ce combat a porté des fruits ?

Christian Vander : Certainement. Mais où ? Ce qui se passe est que tout semble aller de pis en pis, c’est la seule chose que je peux dire.

Qu’est-ce qui manque à la scène musicale selon vous : des compositeurs ou des instrumentistes ?

Beaucoup de musiciens s’expriment très bien individuellement mais n’ont pas la musique qui devrait leur être proposée à l’intérieur de quelque chose de cohérent. Donc on l’entend et on se dit que c’est un bon musicien mais la musique c’est autre chose. Je suis pour construire.

Justement, le leader de Einstutzende Neubauten affirmait, il y a peu, que la musique environnante -celle qu’il était obligé d’entendre car largement diffusée- lui procurait un stimulant, un moyen de réagir pour la création d’une musique « en opposition ». Est-ce votre cas ?

Je pense que c’est une phrase de jeunesse. Ca ne me stimule pas forcément : au bout d’un moment on appelle ça une redite et ça devient lassant. J’aime bien le lait mais bon je ne prends plus de biberon maintenant… On se lasse de tout finalement, on a envie de nouveau. Attention, je ne prétends pas être un aventurier au sens où je ne serai jamais un découvreur et n’irai pas sous la mer… Ce que je pense, c’est que, à partir du moment où on a un terrain, il faut bien le connaître pour pouvoir s’exprimer à l’intérieur de ce terrain. Je ne demande pas grand-chose : juste être maître sur mon terrain. Or on n’est maître que sur un terrain, sur le sien. A partir de là, chacun est maître de son terrain et tout va pour le mieux tant qu’on n’empiète pas sur celui des autres.

Et vous ne vous êtes jamais lassé ?

Non, car je cherche toujours, et l’idée de rechercher est une quête merveilleuse. Quelque chose qui tombe est un rythme, tout devient rythme, et c’est merveilleux car, avec des rythmes -et non pas avec des harmonies-, on forme des mélodies. C’est juste merveilleux car tout ce qui arrive est rythme et on peut créer des mélodies avec peu de choses finalement. Ce que je pense, c’est que qui peut créer avec le moins peut le plus.

Qu’est-ce qui vous a poussé alors à remonter sur scène ?

J’ai toujours été prêt et présent en fait. C’est ma vie d’être sur scène, et malheureusement il n’y a pas énormément de propositions pour un groupe comme Magma, avec sa musique. Pourquoi ? Il n’y a pas de mystères…

Vous avez été très présent tout de même via Offering, cette formation très proche des expériences coltraniennes… N’avez-vous pas une certaine amertume en voyant que cette expérience très personnelle n’a pas drainé le public qui accourt quand Magma, groupe mythique, est sur scène ?

Ces choses, il vaut mieux les expliquer après. L’expérience Offering, l’expérience Magma, des disques solo… tout doit continuer, mais on saura pourquoi avec le temps. Offering n’a pas eu la chance de Magma et n’a pas pu tourner autant que Magma pour se faire connaître. Magma a pu se faire connaître car nous sommes allés vers les gens. A une certaine époque, on faisait entre 20 ou 25 concerts par mois, voire quelquefois plus, presque trop, pour un sandwich, une limonade, et encore… Dormir sous le camion il fallait le faire, et on l’a fait pendant des années et des années, c’est ce qui a tué les formations ! Et à un moment on mélange fatigue et motivation… Il fallait tenir !

Dans le Trio aussi, vous expérimentez une autre musique ?

Ce qui est enrichissant c’est de pouvoir découvrir des rythmes nouveaux et le trio me permet de découvrir énormément de rythmes et de découvrir de la musique par la même occasion.

Justement en parlant du Trio et d’Offering, n’avez-vous jamais pensé amener ces musiques vers le public en les incorporant dans des concerts de Magma ?

Si, on en parlait même très récemment. Le seul problème est qu’Offering se joue beaucoup avec un piano acoustique et on a toujours le même souci. Faire passer un beau piano acoustique face à des instruments électriques, c’est difficile. On peut essayer mais… C’est ce qui a fait qu’au début des années 70, on a commencé à utiliser des pianos Fender, on était les premiers en France, je crois. Cela permettait de jouer des thèmes avec des sons de pianos et d’ailleurs ça reste un instrument fantastique le Fender, mais on ne peut pas l’utiliser comme un piano. Or, dans la musique d’Offering, on a besoin d’un piano… et un grand piano plus les Fender sur scène, ça demande beaucoup de location de matériel.
Pour la voix, j’ai fait mes premières armes justement dans Offering, et au tout début, en 83, les concerts duraient trois heures… Au bout de dix minutes, je n’avais plus de voix et je me suis rendu compte que je n’étais pas à la maison…. Effectivement à la maison je chantais à bâtons rompus, mais si je n’avais plus de voix au bout d’une heure, je recommençais le surlendemain. Mais sur scène, c’est grave ! Et il fallait faire trois heures… Il y a quelques concerts pirates qui doivent être mémorables !

Lire la suite de l’entretien : L’influence de Coltrane (2/4)