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Ron Asheton, Scott Asheton, Jay Mascis et Mike Watt. Quatre légendes du punk-rock américain (The Stooges, Dinosaur Jr, The Minutemen), réunies pour un hommage aux chansons des Stooges, reprises sur scène avec la même intensité, estampillée 1969. Entretien.

Chronic’art : Comment est né le Stooges Project ?

Ron Asheton : Il y a quelques années, Jay était en tournée avec The Fog et Mike jouait de la basse avec eux. Ils sont passés la où j’habite et Mike m’a appelé pour savoir si je voulais jouer quelques titres des Stooges avec eux. Je suis donc allé au concert et c’était tellement bien que je leur ai dit que j’étais prêt à en faire d’autres. On a donc contacté Scott et on a joué au Texas, à New York, puis on est parti sur la côte Ouest, à Los Angeles, San Francisco, Disneyland (rires). Après on est allé en Europe, mais c’est notre premier concert en France.

Quel genre de public attirez vous ?

Ron : Toutes sortes de gens viennent nous voir. Le public est large, ça va de 18 à 65 ans. Evidement, il y a beaucoup de fans des Stooges, mais aussi ceux qui suivent Jay et Mike.

Vous connaissiez la musique de Jay auparavant ?

Ron : Je n’ai jamais vu Dinosaur Jr, mais j’en avais entendu parler. Je l’ai rencontré lors de la session Wylde Ratz.

Mike Watt : C’était pour la B.O. de Velvet goldmine.

Ron : C’est là aussi que j’ai fait connaissance avec Mike. Je l’avais vu à San Diego avec Firehose. Les Screaming Trees étaient la aussi. Les frères Conner étaient très impressionnants, c’était l’hiver et ils étaient pieds nus avec des ongles immenses !

Jay, tu es fan des Stooges depuis longtemps je suppose ?

Jay Mascis : Oui (longue pause).

Qu’est ce que ça fait de se retrouver sur scène avec eux ?

Ron : C’est un rêve devenu réalité ! (rires)

Mike : Comme dit Jay, on apprend d’eux, on leur pique leurs plans et après on joue avec eux.

Vous écoutez des groupes récents ?

Ron : Non, pas vraiment. J’écoute ce que Mike et Jay font. Il y a peu de groupes récents que j’aime, et j’ai la flemme d’acheter des disques. J’écoute toujours les vieux trucs cependant, John Coltrane par exemple. Quand je vais au Lac Huron et que je m’assois devant un feu, j’adore passer sa musique : personne ne me gueule dessus pour que je baisse la musique. J’écoute aussi Jimmy Reeves et Eddy Arnold.

Que pensez vous de ces groupes qui vous citent comme influence majeure ?

Ron : C’est cool. Ca me fait penser à tous ces grands bluesmen qui ont connu la célébrité quand les Beatles ou les Stones leur ont piqué leurs morceaux. Des gens comme Muddy Waters ou BB King par exemple. C’est un peu une résurrection.

Mike : Je crois que Wilco reprend I wanna be your dog (il s’agit en fait d’Uncle Tupelo, ndlr).

Ron : C’est bien qu’on s’intéresse à nouveau à nous. Les labels ne voulaient pas de nous, on se faisait virer. On n’a pas vendu tant que ça de disques. On avait des fans, mais pas tant que ça non plus.
Quelle différence voyez vous entre les 60’s-70’s et aujourd’hui ?

Ron : Le public est meilleur. A l’époque, nous étions spéciaux. Les gens nous adoraient ou nous détestaient. Il n’y avait pas grand-chose entre les deux. Ce n’est plus le cas maintenant. Nos chansons sont devenues des sortes d’hymnes rock aujourd’hui.

Mike : Même chose pour le punk. Nombreux sont ceux qui nous détestaient. La première fois qu’on a joué en Europe, les gens nous balançaient de la merde, de la gerbe et même des préservatifs usagés. Ils sont très conservateurs. Il faut jouer comme ci, s’habiller comme ça, ils prônaient l’anarchie mais ne savaient pas la vivre. Je trouve les jeunes plus ouverts maintenant. Je n’ose pas m’imaginer ce que c’était à leur époque (il regarde les frères Asheton). Rien qu’à mon époque, le fait que le chanteur de Black Flag ait les cheveux longs faisait couler beaucoup d’encre…

Jay, as-tu eu les mêmes problèmes au début de Dinosaur Jr ?

Jay : Oui, les gens nous détestaient, on se faisait virer partout.

Combien de temps ça a duré ?

Jay : On a vécu trois ans de haine, ensuite ça allait mieux. On a commencé à vendre des disques et on a beaucoup été aidé par le bouche à oreille. On nous acceptait enfin. En général, les gens n’aiment pas les groupes de leur ville, pour quelque raison que ce soit.

Mike : Il y a une vieille blague qui dit que Thelonious Monk n’aurait jamais gagné le prix Thelonious Monk. Les gens jugent par rapport à ce qui est déjà accepté, donc si tu brises les règles, ça ne passe pas. Par la suite, tu disparais et les gens disent changent d’avis.

Vous pensez que les règles peuvent encore être brisées ?

Mike : Ca change oui. Il y aura toujours des gens pour prendre des risques sur scène.

Mais musicalement, est ce qu’on peut encore apporter de neuf en matière de rock ?

Mike : Oui, c’est une période très ouverte, même sil y a des groupes comme Limp Bizkit, c’est assez large et différent par rapport à mon époque ou à celle des Stooges. Les vieux groupes donnent racine aux nouveaux, mais dans un sens c’est étrange de voir comment la perception du passé se modifie. Avant, écouter de la musique vieille de 10 ans revenait à écouter la musique de ses parents. Comme dans le film sur Woodstock quand Sha Na Na se fait jeter à son arrivé sur scène (rires). Des nos jours, les jeunes écoutent Black Sabbath, alors que ce groupe a 30 ans ! Ca ne serait jamais arrivé avant, comme le fait d’écouter Sinatra…

Ron : J’ai toujours aimé Sinatra…

Mike : Je sais, mais c’était la musique des parents, tu sais, « fuck this shit ! ».

Ron : Je n’y avais jamais pensé, c’est intéressant…
C’est drôle que vous ayez eu des réactions violentes avec le public alors que vous êtes maintenant une institution…

Ron : C’est intéressant après toutes ces années. Un peu comme ces vieux bluesmen dont je parlais toute à l’heure. Ca me surprend que des titres des Stooges soient considérés comme des standards du rock. Je suis toujours surpris quand j’entends nos morceaux à la radio. Nissan a même utilisé Tv eye pour une campagne de pub.

Quelle est la meilleure reprise des Stooges que vous ayez entendu ?

Ron : C’est une bonne question. Je ne sais pas trop…

Jay : Moi je sais…

Les tiennes ?

Jay : Non, Loose par Birthday Party.

Ron : J’aime bien No fun par les Sex Pistols. Une radio d’Ann Harbor voulait que je fasse une émission spéciale où je passerais des reprises des Stooges. Je suis sûr que vous en avez entendu plus que moi.

A propos des Sex Pistols, que pensez vous de leur reformation ?

Ron : Pourquoi pas ? Je ne les ai jamais rencontré. J’ai joué de la musique avec Mark, le frère de Johnny Rotten. Un soir j’ai appelé chez lui et je suis tombé sur Johnny qui me hurlait dessus en me demandant pourquoi j’appelais son frère a 22 heures. Il a finit par me demander qui j’étais. Je lui répondu et il m’a dit : « Ron Asheton ? pauvre enculé ! », puis il a raccroché. C’est la dernière fois que j’ai appelé Mark…

On peut parler d’Iggy Pop ?

Ron : Je lui ai parlé il y a quelques semaines, ça faisait des années qu’on ne s’était pas vu. A peu près 10 ans.

Mike : J’ai joué avec lui récemment lors d’une cérémonie à L.A. On a monté un groupe avec deux membres des Hives. Iggy était en grande forme.

Ron : Il nous a demandé à Scott et à moi de participer à son prochain album. Il veut qu’on fasse quelques titres ensemble. Je lui ai envoyé une cassette des Wylde Ratz. Il a aimé Poison, comme ça il pourra faire She’s like poison (il imite Iggy en croonant).

Mike : C’est un fan de Jim Morrisson, peu de gens le savent.

Ron : Oui, on aimait les Doors. On les a vu à Quahahog, on était devant la scène juste devant Robbie Krieger. C’était comme un concert privé des Doors, il n’y avait même pas dix personnes dans la salle. Après le concert, nous n’osions pas aller leur parler. Comme lorsqu’on a rencontré les Rolling Stones.

Mike : Iggy tient toujours la forme. Quand je l’ai rencontré il lisait Our band could be your life, un livre à propos de la musique des 80’s. Je l’avais croisé une fois avant lors d’un concert de Sonic Youth.
Qu’avez vous pensé de son album de crooner, Avenue B ?

Ron : Je n’ai pas tout écouté, mais comme la plupart des gens qui l’ont fait, je me suis demandé ce qui n’allait pas chez lui. Il devrait se trouver un bon groupe. En Australie, des ados sont venus nous voir en nous disant qu’ils avaient plus l’impression d’avoir vu les Stooges avec nous qu’avec Iggy. Un mec d’une radio de Detroit m’a passé son dernier disque pour me montrer à quel point c’est de la merde. (le groupe commence à rire, Ron se met a fredonner Candy).

Mike : Il s’est tapé un paquet de trips !

Ron : Beaucoup de gens nous demandent si on rejouera sur scène avec lui. Je leur réponds de venir voir le Stooges Project, que c’est ce qu’il y a de plus proche pour le moment. C’est vraiment fun, on a une structure et après ils (Jay et Mike) font ce qu’ils veulent. Et c’est toujours différent. Il y a juste deux accords et beaucoup d’improvisation. Les chansons de Jay sont bien trop compliqués.

A-t-il fallu que tu t’habitues à jouer avec les Stooges ?

Jay : Non, j’ai grandi en écoutant leurs disques. Ca me paraît assez simple.

Ron : Sur Dirt, qu’on ne fait pas, il connaît toutes les parties de guitare, que moi je ne sais même plus jouer ! C’était marrant avec les Wylde Ratz : le producteur nous a demandé de jouer du Stooges. Je n’avais pas vraiment envie de leur apprendre les morceaux mais Mike et Thurston Moore ont grandi avec, ils les connaissaient déjà.

Mike : Les Stooges étaient notre Chuck Berry. Ce sont eux qui m’ont mené vers Coltrane. Je pensais que le jazz était différent du rock. Les apparences, c’est de la connerie. Si tu creuses, tu trouveras les connexions.

Ron : Vous avez raison monsieur !

Vous parliez de Black Sabbath toute à l’heure. Que pensez vous de The Osbornes sur MTV ? Seriez vous prêts a vous faire filmer comme ça ?

Mike : Ma vie est plutôt rasoir. Je n’ai pas avec moi toute la clique qu’Ozzy a aveclui. Et toi Jay ? Ta vie vaudrait-elle le coup d’être filmée ?

Jay : Non, pas vraiment. Mais j’aime bien Ozzy, c’est marrant à regarder. C’est dingue qu’il soit devenu une si grande star, que tout le monde l’aime bien…

Propos recueillis par et