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Rencontre impromptue de Markus et de Martin, têtes pensantes de Notwist, dans les alcôves d’un hôtel déguisé en relais de chasse, en plein au coeur du Marais. La formation allemande sort Neon golden, l’un des albums les plus excitants du début de l’année 2002.

Chronic’art : Neon golden est rempli de tubes, est-ce avec cet album que le grand public va enfin pouvoir vous découvrir ?

Marcus : Je ne sais pas. Au début, nous souhaitions faire quelque chose de très dur, totalement à l’opposé du résultat final, avec des arrangements assez étranges. Mais comme nous travaillons de manière très spontanée, le résultat a été assez différent. Notamment en ce qui concerne notre joueur de violoncelle (Sebastian Hess), car pour la première fois, nous avons trouvé la bonne personne. Les arrangements de cordes se sont ainsi imposés d’eux-mêmes.

Etaient-ce des chansons déjà écrites que vous avez utilisé ?

Markus : Non, la plupart des morceaux ont été écrits au cours de l’enregistrement du disque. Seules une ou deux étaient antérieures. L’écriture et la production de ce disque se sont souvent confondues. Nous ne savions plus trop si nous composions, produisions ou jouions sur ce disque. Les changements de direction étaient fréquents, c’est pourquoi nous avons mis du temps, l’enregistrement s’étant déroulé sur une période de quinze mois.

On ressent un sentiment de mélancolie assez marqué à l’écoute de Neon golden. D’où vient-elle ?

Martin : J’ai beaucoup parlé à Markus de la manière dont je ressentais la musique que j’écoute, qui est effectivement plutôt mélancolique, que ce soit de l’electro downtempo ou de la musique plus sombre. Ce sont nos goûts musicaux. Et la voix de Markus est également assez mélancolique…

On ressent également une certaine influence de l’electro-pop du début des années 80. Y a-t-il des artistes qui vous ont marqué durant cette période ?

Markus : Non, pas vraiment. Nous aurions plutôt tendance à écouter du vieux blues, du reggae roots, du hip-hop old-school ou bien des disques actuels. Il y a beaucoup de gens aujourd’hui qui affirment trouver des similarités avec la musique des années 80. Nous n’en faisons pas partie.

Vous considérez-vous comme faisant partie de cette grande tradition de groupes allemands issus de la fin des années 60, de Can à Faust en passant par Popol Vuh ?

Martin : Je sais que Markus est fan de Can et de tous ces groupes, alors en ce qui le concerne, c’est vrai. Pour moi, ce n’est pas vraiment pas le cas. Ce qui importe, c’est de faire de la musique avec des sons et non de savoir si c’est de la pop ou autre chose. Ce qui prime, c’est la musique et non pas savoir si nous sommes allemands. Il n’existe donc pas de frontières musicales pour nous.
Cet album sera-t-il disponible aux Etats-Unis ? Car on pense beaucoup à une bande originale de film imaginaire, idéale pour la conduite…

Martin : On aime pas trop tourner aux Etats-Unis. On a fait ça trois fois auparavant et c’est assez épuisant. La première fois, c’était chouette mais les deux autres fois, beaucoup moins (rires).

Markus : Nous ne nous soucions guère des Etats-Unis à vrai dire. Ce serait chouette si cet album y était dispo. Réussir en Amérique, c’est le rêve de beaucoup d’artistes européens. Pas le nôtre. Tourner en Europe, c’est beaucoup plus confortable que de tourner en Amérique.

Comment travaillez-vous, à la maison ou en studio ?

Markus : Martin a un studio, moi aussi, j’ai ce petit enregistreur chez moi. Sinon, nous louons un studio à un ami, il est très grand et magnifique. Généralement, nous y travaillions deux semaines et ensuite, nous amenons les morceaux chez nous, où on les finit et où on les arrange…

Le son de cet album atteint un niveau supérieur par rapport à Shrink, le disque ayant même été masterisé à Abbey Road ?

Markus : Pour notre producteur, Galore, avoir un son raffiné était important. Avec Shrink, nous avions disposé de beaucoup moins de temps en studio. Pour celui-ci, tous les morceaux étaient déjà préparés à l’avance, pour que nous n’ayons plus qu’à les enregistrer directement. Le temps imparti au mixage était néanmoins consacré à peaufiner les arrangements. Avec Neon golden, nous avons fait un premier mix et ensuite, on a recommencé en prenant plus de temps, en utilisant beaucoup de pistes et de nouveaux moyens…

On retrouve effectivement ce mélange entre musique organique et digitale. Comment conciliez-vous ça ?

Markus : Tout ça se combine car ce sont deux choses que nous aimons beaucoup. Nous voulons combiner ces deux éléments en leur donnant la place qu’ils méritent. Nous essayons souvent des sonorités électroniques provenant de l’ordinateur, qui sont assez chaudes, et puis nous les amenons dans une direction en particulier. C’est ce que nous avons fait sur cet album, chaque son devenant ainsi une sorte d’instrument à part entière. C’est toujours un défi pour nous de procéder ainsi.

Il existe déjà des remixes de Neon golden. Que pensez-vous de ce médium ?

Markus : En fait, nous avons jusqu’à 18 versions différentes de certains morceaux, donc ça pourrait faire 18 remixes différents. Les morceaux que l’on retrouve sur le CD sont les versions que nous préférons. Mais il existe tant de possibilités pour chaque morceau… Je ne pense pas que les remixes soient une extension réelle de nos morceaux, mais plutôt quelque chose de totalement naturel. Aujourd’hui, les remixes consistent bien souvent à citer des noms connus, qui remplissent des disques. Mais je pense qu’ils peuvent vivre d’eux-mêmes.

Le fait d’avoir tous ces projets annexes, notamment Console, Lali Puna, est-ce une manière de montrer que vous ne pouvez pas tout faire au sein de Notwist ?

Martin : Non, Notwist n’est que le groupe avec des paroles, des mélodies et de vrais instruments. Alors si j’écris un morceau mélodique ou avec des cuivres, je vais le garder pour Notwist.

Markus : Quand on prépare un album, on ne pense pas en termes d’audience, savoir si cet album va plaire ou non, si les gens vont l’acheter. Ce qui est important avec Neon golden, c’est que l’album soit disponible dans plus de pays que le précédent, ce qui va nous permettre de tourner en Europe, en France, en Espagne ou encore au Portugal.

Comment va se dérouler votre tournée ?

Martin : Nous allons jouer la quasi-intégralité de l’album sur scène tout en y apportant des nuances par rapport aux enregistrements studios. Par ailleurs, bien entendu, nous ne pouvons pas tout faire sur scène, notamment les cordes, les cuivres et les percussions. On a passé tellement de temps sur cet album que nous risquons de devenir fous si nous partons en tournée en rejouant l’album sans variation (rires). De toute manière, j’aime bien les concerts qui sonnent différemment des disques. Ca permet de découvrir d’autres facettes du groupe.

Existe-t-il d’autres groupes actuels dont vous vous sentiriez proches ?

Martin : Nous aimons la manière dont les gens travaillent à Chicago, tous ces groupes, ces petits labels, ces interactions…

Markus : Il y a beaucoup de gens connectés à notre musique. Nous avons notre studio, beaucoup d’amis ont leurs propres labels. C’est un environnement idéal pour nous.

Florent Mazzoleni ()

Lire notre chronique de Neon golden