PARTAGER

Si un groupe peut prétendre au titre de parrain de la scène de Detroit, c’est bien The Dirtbombs. Leur chanteur Mick Collins fut membre des Gories, mythique formation garage-punk à l’époque où les White Stripes suçaient probablement encore leurs pouces. Jim Diamond a enregistré dans ses studios tout ce que la ville compte de groupes torrides et Pat Pantano est une autre légende locale. Et même si leur prestation aux Transmusicales de Rennes 2001 a un peu déçu, ils ont sorti l’an dernier avec Electroglide in black un colossal album de covers soul, mais surtout un démoniaque album de Punk-Rock.

Chronic’art : Les gens vous connaissent peu ici. Il y a deux mois on trouvait à peine vos disques…

Mick Collins : Nous sommes contents que les gens viennent aux concerts en tout cas… On sort des disques depuis 1997, il était temps qu’on puisse les acheter en magasins (rires).

Vous considérez-vous comme les héritiers du Detroit Sound, Motown d’un coté, The Stooges et le MC5 de l’autre ?

MC : Je ne crois pas, j’ai simplement grandi en écoutant de la soul mais je ne vois pas ça comme une influence. Pareil pour les Stooges ou MC5 qui sont très à la mode en ce moment. Des groupes comme Television ou les Swell Maps m’ont beaucoup plus influencé. Pour le son de Detroit, je pense à Motown ou à Sonic’s Rendez Vous Band. Je crois qu’on a plus à voir avec ces derniers qu’avec MC5 ou les Stooges, même si Iggy et moi sommes amis et que j’aime beaucoup Raw power.

Comment es-tu passé de la musique noire à la musique blanche à guitares ?

Il y a eu un moment, au milieu des années 80, où chaque station de radio avait un programme indé, punk-rock ou consacré aux groupes locaux. Je ne suis certainement pas le seul black à Detroit qui aimait le punk-rock, nous aimions tous ça. Pour te donner une idée, 999 était le groupe le plus populaire dans mon lycée et je n’ai aucun disque des Ramones parce qu’ils passaient en permanence sur les radios de Detroit en même temps que Ted Nugent et des merdes comme Toto. C’était du rock pour les types qui écoutaient aussi Genesis. Des groupes comme les Ramones ou Roxy Music passaient à la radio en même temps que ces trucs et ils n’ont jamais été considérés comme punk ici à Detroit. A l’inverse de groupes comme Black Flag ou Dead Kennedys, vraiment essentiels eux.

Vous faites une reprise de Phil Lynott de Thin Lizzy qui fut un groupe très populaire en Grande-Bretagne dans les années 70, mais qui eut quelques problèmes à s’imposer aux USA…

Ils n’ont eu que quelques tubes là-bas, et ils n’ont été important qu’en Angleterre.
Quand on était gamin, ils étaient considérés comme un groupe de Hard-Rock. Maintenant, tout le monde a réalisé que c’était en fait de la Soul…

(rires) Mais tout est de la soul !

Vous pensez que la bonne musique est toujours liée à la Soul ?

Pat Pantano : La bonne musique n’est pas artificielle, elle vient de l’âme, « soul » est juste un adjectif.

MC : Il n’y a de toutes façons que deux types de musique : celle que tu aimes et celle que tu n’aimes pas. Après c’est une décision personnelle que de savoir ce qui est bon ou pas. Je trouve intéressant que tout à coup, tout le monde veuille mettre l’adjectif « soul » sur n’importe quelle musique. Nous n’avons jamais pensé en ces termes, pour nous c’est juste de la musique. Il serait évident de dire que nous avons des influences soul, mais ce n’est pas la seule, ni pour nous, ni pour les autres groupes de Detroit. Ces derniers temps, je suis très mal à l’aise avec ce terme parce que ce que je fais est tellement différent de la soul-music conservatrice…

Tu veux dire la new soul et le R&B ?

Il y a la Soul classique et ce que l’on appelle aujourd’hui R&B ou Nu Soul. Je ne considère pas ça comme de la Soul, c’est juste de la musique pop noire

Jim Diamond : On écoute tous de la vieille Soul de Detroit, mais nous ne sommes pas des groupes traditionnels de Soul, personne à Detroit ne veux l’être, bien que l’étiquette soit flatteuse. C’est surtout de la paresse de la part des journalistes : il y a cette petite influence noire et il ne trouve rien d’autre à dire…

Souscrivez-vous au fait que le punk-rock et la country-music aient la même définition à savoir : « Three chords and the truth » (« Trois accords et la vérité)?

PP : Je crois que c’était une nouvelle forme de musique folk pour les jeunes américains, surtout lorsque c’est apparu à la fin des années 70. Ca correspondait vraiment à la définition du folk, à savoir une musique nue, brute, décapante et sans artifices que les gens peuvent comprendre et aimer. Et par certains cotés la Soul, c’est la même chose… Elle vient de la working-class, de toutes les communautés à travers le temps.

MC : Et Blink 182 et Rancid alors ?!

PP : Cette merde n’a de punk-rock que le nom ! Il y a toujours eu des cafards superficiels dans tous les genres, c’est de la vraie merde…
En Europe, souvent, les musiciens punk-rock où qui s’en revendiquent viennent plutôt des classes aisées….

MC : C’est aussi le cas aux USA, où la plupart des groupes soi-disant punk qui passent à la radio sont des fils à papa issus des banlieues aisées, que leurs parents ont négligés. The Clash parlaient de politique, eux ne font que dire à quel point ils détestent leurs parents.

JD : Mais le système de classe est tellement différent en Amérique… Je ne dis pas qu’il n’existe pas mais il est moins présent dans la culture qu’en Angleterre par exemple. Quand t’es un kid ici, tu ne grandis pas en te disant « je viens des classes moyennes »…

PP : A Detroit en particulier, les disparités sociales, la distribution des richesses est écoeurante : tu as des rues avec des super baraques de riches et tu tournes deux mètres après et c’est le ghetto. C’est à ce point…

Ca ne vous amuse pas un peu, alors que vous jouez cette musique depuis des années, que le rock’n’roll soit redevenu hype grâce à des gens du milieu de la mode ?

MC : C’est seulement depuis quelques semaines qu’il y a toute cette attention des médias sur Detroit et que l’on nous pose ce genre de questions. On n’y avait pas vraiment réfléchi avant.

JD : A Detroit, on a toujours été à la pointe de la mode, surtout Tommy, il a de super pantalons (rires)

Vous ne croyez pas qu’il y a un manque d’honnêteté flagrante dans la musique actuellement et que c’est surtout pour ça que les gens se tournent à nouveau vers le rock ?

PP : Je suis tout à fait d’accord. 95% de la musique actuelle est de la merde. Toute la musique qui fait de l’argent est malhonnête où le devient, et toute la musique qui n’en rapporte pas est bonne et honnête. Ca a toujours été comme ça. The White Stripes sont très bons et en plus ils gagnent de l’argent. Leur argent va permettre à d’autres groupes de Detroit de faire des disques et de se faire connaître… Moi je suis fier de Detroit, et si les White Stripes étaient un groupe de merde, je leur balancerais volontiers des bouteilles vides à la gueule ! Je suis seulement fier parce que les White Stripes sont Ok, comme d’autres groupes. Si ça n’était pas le cas, je serais le premier à porter un tee-shirt « FUCK DETROIT ! »
MC : Please believe the hype !

JD : Venez enregistrer dans mon studio et vous deviendrez célèbres ! Tous les groupes célèbres de Détroit enregistrent dans mon studio Ghetto Recorder et je travaille souvent avec Jack White…

Vous avez donc le sentiment d’appartenir à une même communauté ?

MC : Oui, nous sommes tous amis !

PP : Tout le monde se connaît, alors on ne va pas se poignarder dans le dos. Je suis très content que Bantam Rooster fassent notre première partie sur cette tournée. C’est effectivement une communauté.

JD : On traîne toujours ensemble, là on tourne ensemble et si tu vas à Detroit tu nous trouveras tous dans les mêmes bars, tu verras au moins cinq groupes picoler ensemble…

PP : Et si une bombe nous tombe dessus… disons que si les new-yorkais trouvent l’endroit où on traîne tous, ils n’auront plus qu’à nous plastiquer et prendre le leadership de la bonne musique, parce qu’on est toujours fourré ensemble à se bourrer la caisse dans les mêmes endroits… Il y a les Dirtbombs, The Come Ons, The Detroit Cobras, The Knock-Outs, The White Stripes… On boit, on est content… et on est souvent nu aussi : il y a un truc que les gens doivent savoir, c’est qu’on est souvent nu et qu’on fait du sexe !

Ca ne vous ennuie pas qu’on vous connaisse surtout pour un album de reprises ?

MC : Il y a quand même quelques personnes qui ont acheté notre premier album. En Amérique, notre public comprend un paquet de boutonneux complètement accros aux disques et qui connaissent les singles les plus obscurs que nous sortions il y a 5 ans.

On en a chopé un l’autre jour : High octane Octave/Broke in Detroit again

Celui-là est vraiment vieux : c’est en fait notre tout premier single…

Il y a aussi ce morceau fantastique sur la compilation Sympathetic sounds Of Detroit : I’m through with white girls

JD : C’est MON morceau !

MC : (lui répondant) Oui, mais tous les autres membres du groupe aiment aussi les filles blanches…

JD : Mais avec moi, il faut qu’elles fassent leurs preuves, qu’elles me montrent leur vérité nue et se conduisent mieux ! (éclat de rire général)

PP : Certaines auraient pu gagner le coeur de Jim mais elles ont sabordé leurs chances. Les prochaines devront être plus persuasives !

JD : Et puis nos soeurs noires bougent mieux…

Propos recueillis par

Lire notre chronique de l’album