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David Freel, l’homme derrière Swell, activiste psyché-folk depuis dix ans, revient avec nous sur tout et n’importe quoi. Interview décousue à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Everybody wants to know.

David Freel : Il n’y a pas de poésie sur ton site ?

Chronic’art : Non, pas souvent. Pourquoi, tu t’intéresses à la poésie ?

Oui. La poésie américaine est jeune et en colère.

La poésie américaine, c’est le slam, maintenant, non ?

Oui, c’est relié au rap.

Ca fait combien de temps que Swell existe ?

Au moins dix ans. Il y a eu un premier album tiré en vinyle, en édition limitée, ça m’étonnerait que tu l’aies eu ici. Puis, le premier album, Well ?

On dirait que les sons sont de plus en plus électriques et électroniques.

Oui, j’ai peut-être plus expérimenté de choses sur les derniers albums. Mais il y avait déjà des guitares électriques sur les premiers. Et même des synthétiseurs. Et sur 41, j’ai beaucoup travaillé avec les ordinateurs. Je ne sais pas ce qui va venir ensuite… Peut-être un album complètement acoustique.

Ta musique a un côté psychédélique. Tu confirmes ?

Je dirais plutôt « stony ». Etre stoned, c’est fumer de l’herbe. Je voudrais que ma musique fasse sur les gens le même effet que l’herbe. C’est ce que j’aime. Tu aimes ça ?

Ce que j’aime, c’est la production. Les sons sont bien séparés, clairs. Comment expliques-tu ça ?

Je ne sais pas. C’est un truc dont tout le monde me parle, mon son. Ce n’est donc pas accidentel. Mais c’est naturel. C’est sans doute dû au fait que je n’utilise jamais de compresseur. Tous les ingénieurs du son en utilisent, ce qui rend tous les sons très forts et au même niveau. Si tu écoutes en même temps, au même volume, un disque de Swell et un disque de Whitney Houston, tu t’apercevras que le disque de Whitney Houston est toujours beaucoup plus fort que le disque de Swell. C’est pour ça que Swell ne passe pas à la radio. Mon son est naturel. Comme l’herbe.

Tu fumes beaucoup d’herbe ?

Non. Quand j’étais plus jeune oui. Mais j’ai toujours aimé les trucs psychédéliques. Strawberry fields, Penny Lane, des trucs comme ça. Mais peut-être que ma définition du psychédélisme est différente de la tienne. Ca me fait plus penser à… Dada, des trucs comme ça…
« Surréalistic…

… Pillow », oui, c’est ça ! Mais j’imagine que quand tu parles de psychédélisme, tu veux parler d' »acid-rock », de Hendrix, Cream, Tangerine Dream. Ce n’est pas trop mon truc.

Comment fais-tu pour que tes morceaux soient aussi carrés ? Tu travailles sur ordinateur ?

Oui, beaucoup. Je fais des boucles de guitares, de batterie, surtout pour mes démos. En studio, c’est plus live, mais j’utilise constamment la machine.

De quoi parle la chanson East and West ? Du festival à Austin, de la stéréo ?

Non East and West, c’est Bouddha et Jésus.

Tu es croyant ?

Je m’intéresse à la philosophie. Je ne crois pas en grand-chose, mais je m’intéresse aux gens qui croient. Je ne crois qu’en la religion du « stonyness ». « The first church of stony » ou bien « The new church of stoners »…

… dont tu serais le gourou ?

Non, je ne crois en rien. Je n’ai pas de réponses.

Comme John Lennon : « I don’t believe in Jesus, I only believe in me » ?

Voilà. Mais il était « bigger than Jesus ». Il pouvait dire ça.

Quand tu chantes « Everybody wants to know », ça veut dire que toi, tu sais quelque chose ?

Non, je ne sais rien moi. Mais tout le monde veut savoir, et certains croient qu’ils savent. Quoique ce soit possible aussi que personne ne veuille rien savoir… Il y a sûrement des gens qui se foutent de tout. Mis à part la bière et la télé. Surtout en Amérique, c’est effrayant.

Dans Someday always comes, tu dis « I’m big enough to be a cow-boy »…

Non, non, je dis : « big enough to be a cow, boy. » Tu n’as pas lu les lyrics ?

Non, je n’ai eu qu’un CD promo…

C’est pour ça que j’ai demandé qu’on mette les textes dans le livret. Pour le dernier album, tout le monde citait mes chansons dans les interviews, et toutes les citations étaient fausses. Je n’écris peut-être pas des textes fantastiques, mais pas ces textes-là en tout cas… Shit !
Bref, l’idée de cow-boy est intéressante. Le cow-boy, c’est le personnage errant qui quitte le ranch familial pour aller plus à l’ouest en créer un nouveau… Tu t’identifies à un cow-boy ?

Pas vraiment puisque ça ne correspond pas aux lyrics. Mais je suis certainement fasciné par la mythologie du western, j’aime les images. J’aime particulièrement Cormac Mac Carthy, qui a écrit sur l’Ouest sauvage, à la frontière du Mexique. J’aimerais bien être un cow-boy en fait. Mais aujourd’hui, ce n’est plus envisageable. A part peut-être en Australie. Je pourrais être un cow-boy chantant.

Un Honky-tonker ?

Non, non, plutôt, un « lonesome cow-boy ».

Comment composes-tu ?

Quand j’écris une chanson, j’ai toujours les lyrics et la mélodie en même temps. Je l’enregistre telle quelle, sur une boucle de batterie. J’y rajoute des overdubs de voix, de piano. Puis je me rends compte que j’ai intégré trop d’éléments, alors j’en enlève quelques-uns, et voilà. Le morceau est fini.

Tu as utilisé beaucoup de batteurs différents, et pourtant, on a l’impression que c’est toujours le même qui joue depuis le début.

Oui, c’est parce que je les dirige beaucoup. De toute façon, la plupart du temps, ils ne comprennent pas la chanson. Ils me disent : « Je ne sais pas quoi jouer. » Donc je leur donne les idées. Mais peut-être que les chansons dictent aussi ce que le batteur doit jouer. Ce serait le style Swell… Mais on m’a déjà dit ça aussi. Rey Washam (batteur sur l’album de Swell, ndlr) est le batteur de Ministry. Ca devrait sonner différemment, mais il s’est adapté au style de Swell. Je l’ai rencontré à Chicago. Les chansons sont terminées quand le batteur intervient. Parfois j’utilise des boucles aussi, parce que j’aime bien l’effet. Il m’arrive également de garder les erreurs.

Pourtant, on a une impression de perfection, de lisse, quand on écoute le disque…

Oui, mais il y a des erreurs. Des choses vraiment fausses. Ma manière de jouer de la guitare ne se marie pas toujours très bien avec la batterie par exemple. Mais je ne recherche pas la perfection à tout prix. Par exemple, je ne joue les solos de guitare qu’une seule fois. C’est toujours la première prise, car c’est plus spontané. J’ai l’impression que tout est accidentel sur mes disques. Je n’ai jamais une chanson entière en tête avant de l’avoir finie. Je joue du piano et si je suis inspiré, ça marche. J’avance pas à pas, jusqu’à ce que la chanson me semble terminée. L’inspiration, c’est 80 % d’accidents.
De bons accidents.

Oui, c’est ça.

Souvent tu utilises la réverbération ou les échos. C’est pour créer des effets d’espace, de contraste entre distance et proximité ?

C’est pour rendre la musique plus « stony ». Je n’utilise pas beaucoup de reverb’, plus d’échos. Par contre, je n’ai jamais voulu faire de la lo-fi, j’aime bien travailler les sons, même si ce n’est pas encore « hi-fi ». Je veux juste un son naturel.

Tu aimerais être plus populaire en tant que musicien ?

Non, ma musique me fait vivre. Ca me suffit.

Que pense-tu des groupes que tu as influencés, comme Grandaddy ?

Je ne sais pas quoi en penser. Mon premier disque était vraiment lo-fi, j’avais très peu de matériel, très peu d’argent. A cette époque, ça a peut-être donné l’idée à des gens sans moyens de faire également de la musique, je ne sais pas… Maintenant, de savoir si on a influencé des gens musicalement, je n’en sais rien, c’est à vous les journalistes d’affirmer des choses comme ça. J’aime bien Grandaddy effectivement. Mais j’écoute plus de pop classique, comme Franck Sinatra, Jimmy Webb. C’est ce que j’aimerais faire en fait… By the time I get to phoenix, ou la B.O. de Midnight cowboy

En France, ça été traduit par Macadam Cowboy

Curieux… c’est un mot qu’on n’utilise jamais aux USA. C’est comme « Asphalt cowboy », c’est ça ?

Tu es peut-être un macadam cow-boy toi-même ?

Non, je préfère Midnight cowboy. Parce que les cow-boys ne travaillent jamais la nuit. C’est pour ça que le personnage du film n’est pas un vrai cow-boy. Les vrais cow-boys vont au lit au coucher du soleil…

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Everybody wants to know