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A l’occasion de la sortie de School of flower, Ben Chasny, guitariste folk virtuose de Six Organs Of Admittance et amateur de toutes sortes de musique, évoque ses influences.

Chronic’art : Pour ce nouvel album, tu as enregistré en studio plutôt que chez toi, comme pour les albums précédents. Qu’est-ce que ça a changé dans ta manière de travailler ?

Ben Chasny : Ayant fait de nombreux enregistrements à la maison, je me suis dit qu’il était temps d’essayer quelque chose de différent. Je voulais être capable d’improviser en studio, et de l’utiliser comme un outil à part entière. Travailler chez soi permet de gagner du temps entre le moment de la composition et le moment de l’enregistrement. Je voulais apporter cette dimension en studio. C’est pourquoi je n’avais pas grand-chose d’écrit avant de commencer les prises de sons. J’ai essayé de laisser le champ libre à l’improvisation et d’écrire la musique directement en studio.

L’atmosphère générale est très douce, confinée. Qu’apprécies-tu dans cette douceur ? Est-elle un reflet de ta personnalité ?

Je crois qu’elle reflète un seul aspect de ma personnalité. La douceur vient probablement de nos choix pour l’enregistrement : nous avons essayé de conserver une chaleur particulière tout le long de l’album. Les albums chaleureux sont très confortables, comme des couvertures… C’est l’effet que nous avons recherché.

Comment as-tu rencontré le batteur Chris Corsano, et qu’a-t-il apporté à ta musique. Y a-t-il d’autres collaborateurs. Travailles-tu généralement seul ou Six Organs peut-il se produire en groupe ?

Six Organs, c’est moi, pour l’essentiel. Mais j’ai toujours eu des gens pour m’accompagner sur scène ou pour enregistrer. Ca épice ma musique et empêche la trajectoire des disques de rester trop stable. Chris était le seul collaborateur pour cet album. Je peux tout à fait voir ce projet tourner en groupe, Chris m’a récemment accompagné pour des concerts, et ils étaient très réussis.

Penses-tu que ta musique fait partie d’une tradition ? Comment te situes-tu par rapport à la modernité, à la musique électronique par exemple ?

J’adore la modernité ! J’adore l’électronique ! Je ne vois aucune raison empêchant un prochain album de Six Organs d’être entièrement composé d’électronique ou de bruits. C’est juste que je n’ai pas envie de faire ça actuellement. Mais peut-être dans le futur. Je pense que n’importe quelle musique faite par des gens pour les gens entre dans la tradition folk. Je pense que le rock et le metal font partie de la tradition folk. Ils utilisent bien des guitares, n’est-ce pas ?

Tu cites Terry Riley à propos de School of the flower. Te sens-tu proche de lui ? Par ailleurs, le titre School of flower sonne un peu « hippie ». Quel est ton point de vue sur cette période culturelle ?

Oui, c’est un peu « hippie ». C’est parce que les soli de guitares sont très anti-hippie. C’est un truc. Je ne crois pas que ma musique soit très proche de celle de Terry Riley, quoique je l’apprécie beaucoup. J’aime la musique dans laquelle on peut se perdre.
Ce qui explique peut-être la connexion… Pour ce qui est des hippies, il y en a de différentes sortes, comme il y a différentes sortes de gens. Tout ce que je peux dire, c’est que les hippies ont fait quelques bonnes musiques. Ils ont aussi fait quelques musiques qui me donnent envie de vomir.

Peux-tu dire quelques mots à propos de John Fahey ?

Fahey était le père de tout. J’espère qu’il a finalement trouvé la paix..

De Jack Rose ?

Jack Rose est la tradition. Un gourou du blues du bon vieux temps.

De Joanna Newsom ?

Un très brillant future au dessus de sa tête. C’est difficile d’imaginer toutes les chansons fantastiques qui lui reste encore à écrire. Elles flottent juste dans les airs, attendant qu’elle veuille bien les attraper.

De Bill Fay ?

Un des songwriters les plus « rédemptifs » que j’ai jamais entendu. Egalement, un homme très humble. Je pense que les gens pourraient apprendre beaucoup de sa vie et de sa musique.

D’Incredible String Band ?

De la bonne musique hippie ! Je suis particulièrement attaché à leur chansons-chants, comme le morceau Creation. Ils ont eu beaucoup d’influence sur ce que je fais.

Tu as joué de la guitare sur le nouvel album de Current 93. Comment as-tu rencontré David Tibet ? Qu’est-ce que tu aimes dans sa musique ? Ses vieux trucs « goth » sont très différents de ce que tu fais, non ?

Oui, mais je pense que tu trouveras leur album All the pretty horses très proche de l’album de Six Organs intitulé Dark noontide. Ce que j’aime chez Current 93, c’est la constante créativité de David. Il est continuellement en train de produire des choses, qu’il a besoin de produire, qu’il a besoin de mettre au monde. Je trouve qu’il est un peu incompris, y compris par certains de ses fans. Il est certainement l’une des personnes les plus drôles que je connaisse et je parie que peu de gens l’imaginent ainsi. Je l’ai rencontré grâce à un ami commun, David Keenan, qui est écrivain.

Sur ton site, tu cites également beaucoup de groupes de metal. C’est aussi très loin de ta musique, le metal… Qu’est-ce que tu y apprécies ?

Comme je l’ai dit, je ne pense pas que le metal soit très éloigné de la folk. Ils sont même très proches. C’est seulement l’image extérieure qui est différente. Mais je n’écoute pas tant de metal que ça. J’écoute les groupes selon ce qu’ils m’apportent comme émotions, pas en fonction des genres musicaux. Alors parfois, ça peut être un groupe de metal, parfois c’est un groupe folk. Ce sera peut-être aussi de la musique cajun ou électronique. Je crois que la plupart des gens fonctionnent de la même façon. Kreator’s Flag Of Hate est un bon groupe metal selon moi. Pour les groupes plus modernes, Corrupted est très bon aussi. Si tu écoutes la première chanson de leur album, Se hace por los suenos asesinos, tu verras que la folk et le métal peuvent être très proches. C’est la guitare acoustique la plus « heavy » que j’ai jamais entendu !

Propos recueillis par

Lire notre chronique de School of flower