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Roudoudou ne veut pas grandir. Sa musique, ludique et ensoleillée, est une petite pop électronique légère et rigolote, une musique de dessin animé imaginaire pour petits et grands enfants… A 39 ans, le parisien sort aujourd’hui son second album Just a place in the sun. Rencontre.

Chronic’art : Comment est apparu le nom Roudoudou ?

Roudoudou : C’est un pseudo que j’ai utilisé en 1981. Je faisais une émission radio, Tout l’univers, qui consistait à passer des vieux trucs un peu kitsch, genre mambo. On l’animait en accélérant nos voix à l’antenne comme dans des dessins animés. On voulait des noms qui reflètent cette ambiance cartoon, je me suis donc appelé Roudoudou, et mon ami Caramel (aujourd’hui Uncle Emile, graphiste et auteur des visuels de l’album, ndlr). On a effectué ce genre d’émissions sur plusieurs radios : Radio 7, Radio Tomate ou Nova. Là, ça s’appelait Le Tour du monde en 45 tours, toujours basé sur le même principe : des musiques exotiques, des musiques d’illustration, et beaucoup de second degré.

Comment es-tu arrivés à la radio ?

J’ai passé mon bac en juin 1981, en pleine libéralisation des ondes. Je révisais l’oreille collée à la FM pour enregistrer des trucs insensés. Et j’ai raté mon bac. Mais à côté du tableau des résultats, j’ai vu des annonces de radios qui cherchaient des animateurs. Le lendemain j’arrêtais les études et je faisais ma première émission…

Tu étais du genre élève indiscipliné ?

J’ai pas mal redoublé, l’école ne m’intéressait pas trop. J’étais plutôt du genre déconneur, à fumer des joints, à aller dans les boums ou à manifester pour des trucs que je comprenais pas trop. De toute façon, je ne savais pas quoi faire après le bac, je faisais des études pour faire plaisir à mes parents… Je crois que j’ai raté mon bac au bon moment (rire).

Quand est-ce que la musique est devenue importante pour toi ?

Mes parents écoutaient déjà beaucoup de musique, Frank Sinatra, du jazz… Il y avait toujours de la musique à la maison. Avec mon frère on avait un petit mange-disque, je me suis très vite constitué une impressionnante discothèque. J’aimais découvrir des trucs nouveaux qu’on n’entendait pas encore à la radio. Puis la FM est arrivée et a constitué une source intarissable de musiques improbables dont je ne connaissais pas l’existence : musiques africaines, Fela Kuti, salsa… Ca m’a donné envie de faire de la radio. C’était un véritable robinet à musique, pas encore inscrit dans une démarche commerciale… En fait, j’ai beaucoup appris à Nova. J’ai appris à monter des sons sur bandes. On faisait des boucles sur magnéto et on les « mixait » sur plusieurs magnétos pour faire des musiques d’illustration.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

J’ai fait mes premiers groupes au lycée. On passait nos samedis soirs dans des caves enfumées à faire des reprises de jazz rock genre Jeff Beck, Neil Young ou les Beatles. On écoutait beaucoup Gong. C’était les 70’s et on avait tous des guitares sèches. Maintenant les gamins rêvent d’acheter des platines.

Dans les années 80, tu as aussi travaillé sur France Culture.

En 1985, pendant un mois. Un mois d’essai comme présentateur du programme littéraire Du Jour au lendemain, inclus dans l’émission Les Nuits magnétiques d’Alain Veinstein et de Laure Adler. Ils m’avaient découvert en écoutant Nova. C’était l’époque du grand remaniement chez Jean-François Bizot, du changement radical dû à l’arrivée de la pub et à une vision globale clairement plus commerciale de la radio. Comme pas mal de monde, je me suis fait virer et Alain m’a proposé de venir sur France Culture. Les Nuits magnétiques était une émission assez sérieuse, les responsables souhaitaient compenser avec mon ton un peu léger. En fait, ça n’a pas duré bien longtemps, le directeur de France Culture n’aimait pas trop mon nom. « Roudoudou », ça ne passait pas à l’époque. Et puis j’étais dans ma période « néo-psychédélique ». J’avais les cheveux longs, plein de bagues et de colliers partout et dès que je me penchais vers le micro pour parler ça faisait un bruit incroyable. Il m’avait demandé de les enlever pour passer à l’antenne. Je ne voulais pas et j’ai vite compris que mon mois d’essai serait aussi le dernier.

Tu as été DJ à cette époque…

C’était une continuation naturelle de mes activités radio. Avec les gens de Nova on organisait des soirées à Paris, au Rex… Mais le métier de DJ n’était pas aussi glorieux qu’aujourd’hui, la house n’était pas encore arrivée…

Et pendant un an, tu as été chanteur du groupe Oui Oui.

C’était des copains de lycée, on réalisait un petit fanzine ensemble, j’allais à tous leurs concerts, je passais leurs disques sur Nova ou au Rex Club. On était inséparable, et comme ça, un jour, pour voir, j’ai chanté avec eux sur scène. Ca s’est bien passé et j’ai continué à chanter avec eux pendant un an. Puis j’ai arrêté, ce n’était pas vraiment mon groupe, ils avaient déjà leur répertoire… Plus tard, on s’est retrouvé, je travaillais dans une maison de disques sur laquelle ils ont été signés pour une compilation. Je suis donc devenu leur attaché de presse !

Animateur radio, DJ, attaché de presse : tu as beaucoup navigué autour de la composition avant de finalement t’y plonger …

J’avais écrit des textes pour Oui Oui, mais ça n’a pas vraiment marché. J’avais aussi pas mal d’idées d’arrangements, mais ça ne correspondait pas. C’est à l’écoute du premier album de De La Soul que les choses ont changé. Je connaissais le principe de montage de sons, de boucles sur bandes pour magnéto à la radio. J’avais reconnu pas mal de boucles utilisées sur ce disque, des morceaux de P-Funk, de Clinton… mais je ne comprenais pas comment ils étaient parvenus à un tel résultat via ce système de copier-coller sur bandes. Et des amis m’ont expliqué qu’ils utilisaient un sampler. Je ne savais pas ce que c’était, mais j’ai couru m’en acheter un…
Ton premier morceau est sorti en 1992 (PUR, sur Delabel), puis quasiment plus rien jusqu’en 1998 et ton premier album Tout l’univers : que s’est-il passé entre-temps ?

Rien, j’ai composé de nouveaux morceaux (rires). Et comme il faut bien vivre, j’ai fait des boulots à la con. Je vendais des disques aux puces, j’ai aussi écrit des chroniques de disque pour l’Affiche que je signais RDD. J’ai fait du télé-travail, j’ai même était déménageur !

Mais les maisons de disques n’aimaient pas ta musique ?

J’amenais régulièrement mes maquettes aux maisons de disque qui me répondait poliment : « C’est sympa, les sons sont terribles. Mais il faut trouver un chanteur, tant qu’il n’y a pas de voix… ». J’ai donc essayé de chanter, de travailler avec des gens, mais ça ne marchait pas. Puis vers 1995 la vague trip hop est arrivée et les musiques instrumentales se sont enfin mises à avoir un certain succès. Les maisons de disque ont réécouté ma musique et m’ont dit : « Mais en fait, tu fais du pur trip-hop ! » Là, d’un coup, j’ai eu plein de propositions, c’était l’époque où chaque label voulait son musicien trip-hop français… De fait, ce premier album est devenu une sorte de recueil de mes morceaux composés avec un sampler, certains datent du début des années 90…

Ce premier album, Tout l’univers, a reçu un bon accueil.

Oui, notamment au niveau de la presse, moins au niveau de la programmation radio par contre. En revanche, il a bien été exploité à la télé pour illustrer des reportages, (le morceau Peace and tranquility to earth a servit pour le générique du documentaire Les Yeux dans les bleus, ndlr). Je l’entends encore aujourd’hui, ce qui me fait très plaisir puisque je suis moi-même influencé par la musique d’illustration.

Comment as-tu envisagé la composition de ce second album ?

Je n’ai pas envisagé de composition. Je fais des morceaux, tout le temps, que je stocke sur mon ordinateur et que je ressors quand l’idée de faire un disque émerge. Je ne me dis jamais : « allez, il est temps de faire un nouvel album ! ».

Ta musique est très accessible, très ancrée dans une démarche pop…

Ce n’est pas forcément réfléchi, disons que j’écoute pas mal de trucs assez légers, faciles d’accès. Pour ce disque, je voulais un ton frais, ensoleillé et marrant. Si ma musique fait sourire les gens, moi ça me va.

Il y a un côté très enfantin, très dessin animé dans ta musique, ce que tu exploitais déjà à tes débuts radio.

J’aime bien ces univers enfantins. Si je m’appelle Roudoudou et que je suis représenté par un personnage-jouet, ce n’est pas par hasard. J’ai toujours un peu refusé de grandir.

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Just a place in the sun
Ainsi que celle de Tout l’univers, Listeners’digest