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Contrechamp de The Great Rock’n’roll swindle, déjà réalisé par Julien Temple en 1980, L’Obscénité et la Fureur est un documentaire où la parole est cette fois-ci donnée aux membres des Sex Pistols. L’occasion de connaître leur version de l’histoire. Extraits d’un entretien effectué par Julien Temple pour le dossier de presse du film.


Julien Temple : Pourquoi avoir apporté votre soutien à L’Obscénité et la Fureur ?

John Lydon : La seule raison pour laquelle j’ai accepté de faire ce documentaire, c’est que le Film Four, la maison de production, nous a laissé la liberté de raconter l’histoire des Sex Pistols telle qu’elle s’est réellement passée. C’est une chance pour nous de pouvoir remettre les pendules à l’heure. Nous ne nous auto-congratulons pas et ne nous perdons pas en conjectures sur notre influence. Nous racontons la vérité. Ces vingt dernières années, les médias ont réinventé et transformé le phénomène Sex Pistols en quelque chose qu’il n’a jamais été. Pour moi, la vérité est à la fois bien plus choquante et bien plus intéressante. Depuis toutes ces années, Steve (Jones, le guitariste du groupe, ndlr) et moi avons été souvent interrogés par les journalistes pour parler des Sex Pistols. Mais nos réponses, quand elles ne correspondent pas à l’opinion générale, ne sont pas publiées. C’est bizarre de constamment s’entendre dire que « ça ne peut pas s’être passé comme ça, parce que ce n’est pas ce qui est dit dans le livre (England’s dreaming) de John Savage (rires) ! » C’est qui ce mec, putain ? Il n’était pas là. Son livre est basé sur un postulat : son amitié avec le manager (Malcom McLaren). Le film de Julien Temple dégomme quelques idées reçues : quoi que vous fassiez, que vous trichiez, mentiez ou transformiez les choses, au bout du compte, la vérité sort toujours.

Quels sont les mensonges qui ont été colportés sur les Sex Pistols ?

Des gens ont prétendu avoir écrit des chansons, ou avoir orchestré toute l’histoire, tandis que le groupe lui-même n’avait pas grand-chose à y voir. C’est faux. Nous n’étions pas une conspiration de petits-bourgeois : tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait avec notre instinct d’adolescents issus de la classe ouvrière. Et, à ce jour, c’est toujours le cas. Ce n’était pas non plus un mouvement intellectuel orchestré par Malcom McLaren. Et nous n’avons pas plus planifié délibérément une révolution sociale.
Si nous avions un but, c’était d’exposer nos opinions d’adolescents issus de la classe ouvrière au grand public : ce qui ne s’était jamais fait, à l’époque, dans la pop music. En fait, nous nous contentions d’être nous-mêmes. Et la « révolution » qui a suivi aurait mieux fait d’être attentive à ce que nous disions, au lieu de se précipiter et de brandir des drapeaux.

Le film évoque la légèreté du groupe…

La chose la plus importante qu’on nous ait volée est sans aucun doute notre sens de l’humour. Beaucoup de gens ont fait mine d’oublier qu’à la base nous étions une bande de jeunes qui voulaient se fendre la gueule. Ils n’ont pas voulu comprendre que c’est une chose que font les jeunes : le monde était terrible, il l’est toujours, mais être malheureux ne l’a jamais changé, et ne le changera jamais.
Pourquoi est-ce si important de raconter la véritable histoire maintenant ?

Je ne sais pas si c’est important à ce jour, à cette minute, mais je sais que ces vingt dernières années, ça m’a bouffé de ne lire que des mensonges recrachés dans les médias, et de constater que tout le monde faisait semblant d’ignorer ce que les membres du groupe pouvaient avoir à dire.

Par bien des côtés, c’est une histoire triste. Avez-vous des regrets ?

Pas du genre : « Oh, j’aimerais tellement avoir agi différemment ! » Vous bossez avec les outils en votre possession et de toute façon, nous avons réussi sans nous préoccuper de quoi, ni de qui, que ce soit. D’une façon étrange, notre ignorance du monde de la musique était notre meilleur atout. Je pense que j’ai gagné en intelligence au fil des années, mais si j’avais été aussi malin à l’époque que je pense l’être aujourd’hui, ça n’aurait pas marché. J’aurais été trop conscient des points négatifs.

Le choc des différentes personnalités composant le groupe est flagrant dans le film. Particulièrement votre relation amour-haine avec Steve Jones…

Tous les membres du groupe sont des gens très différents et c’est ce qui a rendu l’aventure difficile. Mais vous ne pouvez pas attendre de quiconque qu’il ait les mêmes opinions que vous. Ce sont nos divergences qui ont fait les Sex Pistols. Il n’y a pas de réponses faciles. Moi, s’il y a un problème, je suis plutôt du genre à attaquer, hurler, gesticuler et faire en sorte que ça change. Je ne fais jamais l’autruche. Mais, parfois, j’ai besoin de quelqu’un pour me freiner, sinon je pars dans tous les sens (rires). Il y a comme une énergie entre Steve et moi. On s’en est bien servi car nous n’en avions pas peur ; et d’une façon sans doute un peu perverse, c’est amusant de se chamailler. On a toujours aimé ça.

C’est un film finalement très anti-drogues ?

Très. C’est dommage que le nom des Sex Pistols ait été associé à la drogue à cause des excès de Sid Vicious. Sid s’est planté et il s’est planté en beauté. Malheureusement cette image est tenace. Les Sex Pistols n’avaient rien à voir avec l’autodestruction. Au contraire, nous voulions détruire une situation qui nous détruisait. Nous étions plein d’espoir ! (Rires)

Quel est l’héritage des Sex Pistols ?

On ne devrait ni nous traiter en héros ni nous vénérer. Qu’on nous respecte, ça m’irait très bien, mais de là à faire de nous des icônes, des dieux de papier glacé, ça n’a aucun sens. C’est de la connerie. Regardez le documentaire : on est juste des êtres humains. On n’est pas des poseurs. Notre manager estimait que toute publicité était bonne à prendre. Je ne suis pas d’accord, seule la réalité est bonne à prendre. Heureusement, le film remet les choses à leur place, de façon claire et nette.

Lire notre critique de L’Obscénité et la Fureur

Remerciements à et