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Après quelques années d’underground, les trois de Red Snapper se sont bâti une solide réputation par le biais de quelques maxis sortis sur leur propre structure et une bonne dose de gigs fumants. Leur nouvel album, Making bones, qui fait suite à Prince Blimey, sorti voici deux ans sur Warp (le label anglais qui cherche -et trouve- tous les nouveaux talents électroniques), pourrait bien leur valoir plus qu’un succès d’estime. Explication avec le trio.


Chronic’art : Comment avez-vous signé sur Warp ?

Red Snapper : Ca s’est fait principalement sur la foi de nos trois maxis que nous avions nous-mêmes produits, et puis les gens de Warp nous ont vu jouer live.

Les concerts semblent très important pour vous…

C’est vraiment 50 % de ce que nous faisons. Et c’est effectivement très important pour nous. C’est un terrain différent du studio où l’on peut s’exprimer, et surtout, un concert ne ressemble jamais à un autre.

Vous improvisez beaucoup sur scène ?

Pas autant que par le passé, mais nous essayons toujours de le faire. Bien sûr, nous utilisons des boucles qui doivent être soutenues par la batterie et la basse, mais il reste de la place pour improviser. Sur scène, nous jouons surtout sur les arrangements qui sont toujours différents, et si ça se passe bien, ça peut partir assez loin.

Vous utilisez des instruments de musique dits « classiques », et pourtant, vous êtes issus de la scène des clubs. Comment l’expliquez-vous ?

C’est parce que nous jouions de ces instruments avant même que la culture des clubs explose en Angleterre. Partant de là, vous ne pouvez pas vous débarrasser de tous vos acquis, de ce que vous avez appris. Ca ne vous empêche pourtant pas d’expérimenter de nouvelles orientations.

Pourtant, votre label Warp sort presque exclusivement de la musique créée par des machines. Est-ce quelque chose que vous regrettez, ce retrait de l’instrumentation classique ?

Oui, mais les DJ’s et les producteurs d’aujourd’hui qui samplent des choses comme James Brown, il y a donc de vrais instruments dans leur musique. Ce qui compte, c’est ce le résultat. Nous-mêmes, nous utilisons des samples ; la seule différence, c’est que la plupart du temps, nous samplons des parties que nous avons jouées auparavant. Des gens comme Autechre ou Squarepusher n’utilisent que des samples, et à partir de ceux-ci, ils développent leur propre son de la même manière que vous le feriez en jouant de la basse ou de la batterie.

A propos de votre musique, on a souvent parlé de jazz mutant, mais elle déborde d’influences différentes. Comment réussissez-vous à créer cette unité de son particulière ?

C’est vraiment la réaction qui se produit lorsque nous jouons tous les trois. Nous avons chacun des influences différentes, après c’est une question d’alchimie. Mais il y a une chose qui compte certainement, c’est que nous avons le même équipement depuis nos débuts, et ça a du nous aider a construire notre propre son.

Avez-vous une idée de la direction que vous voulez donner à vos morceaux avant de les composer ?

Généralement non. On entre en studio et on joue tous les trois ensemble, comme si c’était du live. La plupart du temps, ça part avec des instruments, même s’il nous arrive de commencer avec une boucle. Ce qui se passe, c’est que chacun joue jusqu’à ce que quelque chose qu’il a créé attire l’attention des autres, et là, le morceau commence vraiment à prendre une direction…

Il y a plusieurs morceaux chantés sur Making bones. Pourtant, vous aviez dit auparavant que votre musique se suffisait à elle-même…

Les gens qui chantent sur notre album étaient présents en studio, et ils ne voulaient pas la boucler, impossible de les tenir ! (rires). Ce qui s’est passé en fait, c’est qu’on a seulement essayé, et que ça a magnifiquement marché. C’était très motivant, nous avions plein d’idées…

Propos recueillis par