PARTAGER

Autopuzzle, premier disque brillant du français Port Radium, est la deuxième référence de Deco, label des agitateurs Discom. L’occasion de faire la connaissance de ce nouveau venu dont l’art témoigne avec intelligence de la bonne santé dans nos contrées de formes électroniques particulièrement créatives.

Chronic’art : Comment en es-tu venu à signer sur Deco ?

Port Radium : Ma musique semble correspondre aux envies du label. Je ne vois pas d’autres explication.

On sent quelques « accointances » esthétiques avec Discom sur certains morceaux d’Autopuzzle…

Oui, je suis d’accord avec ça, on a pas mal de goûts en commun.

Il semble qu’on assiste à l’émergence d’une réelle esthétique « française » dans le domaine de l’electronica « expérimentale »…

Je pense que c’est bien trop disparate et encore hésitant pour que l’on puisse parler d’une réelle émergence esthétique, mais il y a sans aucun doute une joyeuse activité prometteuse.

Comment présenterais-tu ta musique à quelqu’un qui n’a aucune notion, ni culture musicale contemporaine ?

Je dirais : nerveuse, bruyante, ironique, scorpion, hélicoptère, ordinateur, brutale, dilettante, leurre… romantique (si c’est une fille), et toutes sortes d’adjectifs absurdes…

Quelles sont tes méthodes de composition ?

On peut dire qu’Autopuzzle est un disque pop, simple dans sa structure. Une suite de morceaux, avec pour chacun d’eux un cadre précis, une structure évolutive, une atmosphère, un style. Des séquences agencées qui jouent avec les styles. Cependant, toutes les matières premières de ces morceaux résultent de « process » exécutés avec des programmes générant de l’aléatoire, tel que Max et Super collider, procédés qui me passionnent au moins autant que le montage. Sinon, je ne sample pas d’autres musiques, j’aime vraiment triturer mes logiciels pour générer des hybrides d’hybrides d’hybrides…
Sur le premier morceau, une voix féminine (de synthèse ?) répète une étrange formule : « port radium no techno ». Est-ce une référence à la technologie qui a une part essentielle dans la création des morceaux de l’album, ou plus simplement à la musique électronique dans sa forme la plus populaire ?

C’est une voix de synthèse (Victoria, high quality, n’importe quel utilisateur de Macintosh peut jouer avec Victoria), et c’est un jeu sur la répétition du mot techno. Mis bout à bout, on finit par entendre « no techno ». Une petite blague sur la répétitivité en quelque sorte. C’est « techno » dans le matériel utilisé, mais c’est « no techno » dans le style, à moins que ce ne soit le contraire ou les deux à la fois, finalement.

Penses-tu dépendre de la technologie que tu utilises ?

J’en dépend évidemment de la même manière que l’on dépend d’une voiture lorsqu’on est à 200 km/h sur l’autoroute, mais c’est moi qui conduit. A partir du moment ou on choisit un médium, un moyen technique, l’important c’est de s’y confronter, d’en jouer, de le désacraliser, mélange de fascination et de distance ironique. Alternativement, on passe de l’enthousiasme au scepticisme, sans arrêt.

Que signifie « Port-Radium » ?

C’est le nom d’une petite ville minière, située sous le cercle polaire, dans les territoires du nord-ouest canadien.

Et que signifie « Autopuzzle » ?

Une somme de débris aux formes arbitraires qui finissent par former un tout. Soit l’album en question.

Ton actualité ?

Chômage technique : mon ordinateur portable à pris la pluie…

Lire la chronique de l’album