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Un an après la sortie de l’album Illuminations sort Illuminati, album de remixes sur lequel ont planché rois des consoles (Stereolab, Kid Loco), copains de label (Future Pilot Aka, Bill Wells, Cinema) ou copains tout court (My Bloody Valentine). Entretien avec Stephen et la timide Katrina.


Chronic’art : Décrivez-nous la genèse d’Illuminati

Stephen : Après avoir enregistré Illuminations, que nous avons créé d’une manière différente que nos précédents albums, nous avons réalisé que les chansons pourraient être remixées. A l’origine, nous voulions demander à Kevin Shields de My Bloody Valentine de se charger de cette tâche, mais à ce moment-là on ne savait pas trop où le joindre, je ne l’avais pas vu depuis un an… Il a fini par accepter, ce que nous avons pris comme un bon présage. Ensuite, des musiciens sont venus nous proposer d’autres remixes et ceux à qui nous avons demandé leur aide ont accepté. En peu de temps, le projet a grossi au point de devenir un album. Tout a commencé avant la sortie d’Illuminations, il y a un an et demi environ.

Satisfaits du résultat ?

J’aime ce disque, il est agréable à écouter. Nous aimons la musique de chaque groupe qui y a participé. Je me sens assez protecteur de notre musique en général, j’ai toujours redouté les producteurs car j’ai une vision très personnelle de notre travail. Comme nous avions déjà enregistré Illuminations, on s’est dit que ce serait une bonne expérience d’entendre ces morceaux retraités par d’autres.

Votre titre préféré ?

J’aime l’album dans son intégralité… En particulier, Leaving this island de Jim O’Rourke et les morceaux de To Rococo Rot et My Bloody Valentine.

Katrina : J’ai du mal à avoir des préférences, il ont tous pris une approche si différente. J’ai cependant un faible pour le titre de Kevin Shields…

Stephen : C’était difficile de compiler ce disque, de le rendre cohérent, il y avait tellement de styles, ça partait dans toutes les directions.

Des regrets quant aux artistes qui n’ont pas participé ?

Non, aucun. Dans un sens, on ne souhaitait pas que des gens qui font 200 remixes par an s’y mettent. Je tenais, par exemple, à ce que Kid Loco fasse quelque chose de frais, de presque naïf. J’aurais aimé que des gens totalement vierges dans ce domaine travaillent au projet.

Katrina : Il y en a eu. Bill Wells et Future Pilot Aka notamment.

Stephen : J’aurais aimé qu’Ennio Morricone s’y mette ! Personnellement, je ne suis pas un fan de big beat mais j’aime certaines musiques électroniques. Kraftwerk par exemple.

Quels disques écoutez-vous ces jours-ci ?

Stephen : Principalement ceux des artistes qui ont remixé Illuminations. Belle And Sebastian, des bandes originales signées Morricone, du Jazz, Charles Mingus, le dernier Silver Jews.

Katrina : Nous écoutons des disques ensemble, alors… J’écoute beaucoup le prochain CD de Future Pilot Aka qui n’est pas encore sorti.

La scène de Glasgow…

Tout le monde collabore sur cette scène musicale. On s’entraide, il y a un esprit de compétition, mais ce n’est pas trop vache, il y a tellement de styles différents maintenant… Avant il y avait un son de Glasgow. Aujourd’hui, cela s’étend de Bill Wells, plutôt jazzy, à Mogwaï qui donne dans le noisy.

Des collaborations prévues avec des groupes de Glasgow ?

Pour l’heure, Katrina est la seule personne avec qui je veux travailler. Je veux me concentrer sur notre style, c’est primordial en tant que musicien de développer sa propre identité, d’évoluer. L’aspect négatif des collaborations et des remixes, c’est qu’à la longue, tout finit par se ressembler.

Pensiez-vous encore être actifs aussi longtemps (16 ans) ?

Certainement pas. J’ai toujours pensé que chaque disque serait le dernier. Depuis qu’elle me connaît, Katrina m’entend dire cela (elle rit et acquiesce). Dans la pop, les gens n’évoluent pas comme dans le jazz. Au départ, ils sont formidables, et puis le filon s’épuise. Je n’arrive pas à trouver de pop stars qui s’améliorent avec le temps, mais ce qui me donne de l’espoir, ce sont les réalisateurs au cinéma, qui font de meilleurs films en vieillissant.

Y’a t-il des compromis que vous refusez systématiquement ?

On a toujours été prêts à se compromettre. Je suis d’accord sur le principe de faire de la musique commerciale, mais je ne sais pas comment m’y prendre. On fait des compromis entre nous bien sûr, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions pour le groupe.

Vous êtes passés de groupe référentiel à un groupe remixé par d’autres. Que s’est-il passé entre-temps ?

Le line up d’origine a changé, Katrina nous a rejoint, a appris la batterie en partant de rien et de la même façon, Aggi a appris la basse. C’était motivant de jouer avec des gens qui débutent dans la maîtrise de leurs instruments. Donc, pendant tout ce temps, nous avons surtout appris à jouer !

Propos recueillis par

Lire la critique de Illuminati