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En complément de notre dossier « Deus In Machina » (cf. Chronicart#35), sur ces applications qui réaffirment l’identité console sur le Net, version intégrale de notre entretien exclusif avec Nick Sharples, collaborateur du projet d’intégration de « Folding@Home » sur PS3.

Rappel des faits : Folding@Home est un programme qui permet d’offrir de la puissance de calcul à un projet de recherche médicale indépendant (le Pande Group à l’université de Stanford) travaillant sur le repliement des protéines. La finalité du projet ? Mieux comprendre le fonctionnement des maladies comme le cancer ou Alzeihmer. Au départ uniquement sur PC et Mac, le projet a vu sa puissance de calcul triplé grâce à la participation, depuis le 23 mars 2007, des possesseurs de PS3. Gros plan sur une B.A. pour laquelle le joueur n’a comme concession que le fait de laisser sa console allumée.

Chronic’art : Nick Sharples, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Nick Sharples : Je suis le directeur de la communication de Sony Computer Entertainement Europe (SCEE).

Quel est votre rôle dans l’intégration du logiciel Folding@Home sur la PlayStation 3 ?

Nous travaillons sur le programme Folding@Home depuis à peu près un an maintenant. C’est quelque chose qui vient à l’origine de notre bureau de recherche en technologie basé aux Etats-unis. Nous étions en contact avec une université qui avait lancé un programme de calcul participatif appelé Folding@Home qui utilisait aux environs 200 000 ordinateurs personnels pour l’alimenter. Au cours de nos discussions avec l’université de Stanford, il nous est apparu clairement que si nous leur amenions la puissance de calcul de la PS3, ils seraient en mesure de faire aboutir leur recherches beaucoup plus rapidement. Voilà comment est née l’idée de rendre fonctionnelle cette application sur la PlayStation 3 de Sony. Nous l’avons révélé au public l’année dernière, lors de la Game Convention de Leipzig. Les retours ont été très positifs. Et nous étions convaincus de pouvoir amener cette application aux possesseurs de PS3 dans une forme simple à utiliser et à temps pour le lancement européen de la machine.

Ce qui devait constituer un simple don de temps de calcul s’est vite transformé en une écrasante démonstration de puissance en faveur de la PS3 par rapport à n’importe quel ordinateur ou système d’exploitation existants aujourd’hui. Pour le même temps de calcul, plus de 160 000 ordinateurs personnels n’arrivent pas à égaler la puissance délivrée par moins de 30 000 Playstation3…

Je crois que nous étions tous très agréablement surpris. En premier lieu, par le nombre de possesseurs de PS3 qui ont décidé de s’inscrire au programme Folding@Home. En second lieu, par rapport au succès de l’application en terme de puissance pour le projet. Aujourd’hui, à peu près 200 000 possesseurs de PS3 ont rejoint notre projet. Et je pense que les gens à Stanford accueillent cela comme un vrai cadeau du ciel ; maintenant qu’ils ont toute cette puissance de calcul en permanence à leur disposition, ils peuvent revoir leur ambition à la hausse. Et leur plans pour le projet peut s’orienter sur des traitements, ou, en tous les cas, sur une compréhension des maladies beaucoup plus rapide qu’il n’auraient pu l’espérer sans ce soutien.

Vous avez donc collaborer de manière très étroite avec le Pande Group en charge du programme…

Absolument.

Quels problèmes avez-vous rencontré lors de l’intégration de Folding@Home dans l’interface de la PS3 ?

Clairement, la PS3 n’est pas un ordinateur. Elle en a la puissance, elle en a le disque dur. Mais elle n’est pas conçu pour être un ordinateur. Ce que nous voulions, c’était faire en sorte que l’application Folding@Home disposée sur la media barre soit facile à utiliser. A l’inverse de la version PC de l’application, nous avons vraiment quelque chose que les possesseurs de PS3 peuvent regarder avec curiosité. Quand vous cliquez sur l’icône « démarrer le calcul » vous voyez une carte de l’Europe avec des petits points qui représentent chaque PS3 qui contribue en temps réel au projet. Vous voyez également une représentation en 3D de la molécule sur laquelle votre PS3 travaille.
En parlant de jeu possédant cette touche scientifique, que pensez-vous du Programme d’entraînement cérébral du professeur Kawashima sur la DS de Nintendo ? Est-il envisageable que Sony sorte dans un futur proche un jeu dans le même esprit ?

« Le programme du professeur Kawashima » a connu un succès phénoménal au Japon en visant le coeur de cible d’une population vieillissante. Succès également observé en Europe. Et c’est évidemment le genre de jeu ou de divertissement ludique que nous aimerions réaliser à l’avenir. Vous connaissez sûrement nos jeu vidéos « de société » comme l’Eye toy, Buzz ou Sing star. Ce genre d’applications que l’on ne peut pas appeler des jeux au sens strict du terme mais plutôt des « services » ou des « applications ».

Revenons à Folding@Home et à certaines critiques à son propos… Compte tenu de la consommation électrique très importante de la PlayStation 3 et du fait que Folding@Home ne peut pas être utilisé en tâche de fond, que répondez-vous à ceux qui affirment que ce programme aide la recherche médicale mais n’oeuvre pas du tout contre le réchauffement de la planète ?

(Rire pincé) C’est vrai que pour participer au projet Folding@Home, vous devez laisser tourner votre PlayStation 3 et que cela nécessite plus de 200 watts. Mais je ne crois pas que nous, chez Sony, sommes en position de dire aux gens s’ils doivent ou non utiliser Folding@Home, de dicter à l’utilisateur si oui ou non le programme est plus important que d’économiser les ressources de la planète pour empêcher le réchauffement climatique. Chaque individu à sa propre opinion sur le sujet. Certains vont trouver plus important et plus utile de guérir des maladies qui ont un impact direct sur eux ou leur famille. D’autres considéreront le problème du réchauffement climatique prioritaire et relégueront celui des maladie au second plan. Le plus important, finalement, c’est que l’utilisation ou non de Folding@Home soit le fruit d’un choix personnel. La PlayStation n’est pas le lieu d’un tel conseil ou d’une quelconque prescription. Personne ne vous oblige à utiliser Folding@Home. C’est quelques chose pour lequel vous opter ou, au contraire, que vous décider de laisser de côté. Vous vous forgez votre propre jugement de valeur sur la question. Ce jugement vous appartient en propre et ce n’est absolument pas à nous de le critiquer ou de l’influencer de quelques manières.

Mais ne pourriez-vous pas, chez Sony, envisager l’intégration d’un programme de calcul participatif comme Folding@Home qui aide les scientifiques sur le problème du réchauffement climatique ?

Si bien sûr. Mais je ne pense pas que nous pourrions être aussi spécifique. Ce que nous faisons, c’est simplement de dire que si ce programme de calcul participatif en particulier fonctionne correctement, que les possesseurs de PS3 en sont satisfaits et qu’ils expriment le souhait de s’impliquer encore plus (ce que nous pouvons évaluer par des recherches, divers retours, des sondages, etc.) alors, oui, nous pourrions leur offrir l’accès à d’autre projet de calcul participatif. Mais uniquement pour des causes humanitaires.

Finalement, est-ce que vous diriez à propos du don de temps de processeur (original et assez nouveau pour les possesseurs de console) : « Ca, c’est Vivre ! » ? (« This is living » est le slogan de la campagne de lancement de la PS3, ndlr).

(Rires) Oui, Je l’espère vraiment. Je crois que ça résume parfaitement l’esprit de « This is living », mais également les retours que nous recevons des gens ayant rejoint le projet et qui sentent qu’il participent à quelque chose d’utile à la société et qui ne se réduit pas à un simple divertissement.

Propos recueillis par

A propos de Folding@Home et des applications consoles, lire notre dossier « Deux In Machina » dans Chronic’art #35